La Revue des Ressources

Vampires et cinéma 

lundi 21 décembre 2009, par Rédaction

« Je frémis en me rappelant une tradition bien connue en Allemagne, qui dit que chaque homme à un double et que, lorsqu’il le voit, la mort est proche. »

Gérard de Nerval, Aurélia

Après des représentations du Dracula de Bram Stoker au théâtre, le mythe fut porté à l’écran. Le premier film fut Nosferatu le Vampire par Friedrich Murnau en 1922. Ce film lui valut des poursuites judiciaires de la part de la veuve de Stoker qui estimait que le film était une adaptation du livre et que Murnau aurait dû en acheter les droits pour le porter à l’écran.

À Wismar en 1838 (et non à Brême comme le laisse entendre la version française), Thomas Hutter, un jeune clerc d’agent immobilier ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir pour la Transylvanie afin de vendre une propriété au Comte Orlok qui désire avoir une résidence dans la ville. Après un périple sur une terre d’ombres, le jeune homme est accueilli au sein d’un sinistre château par le comte. Durant la transaction, Orlok aperçoit une miniature d’Ellen qui le fascine et décide d’acquérir le bâtiment — proche de la maison du couple — qui lui est proposé. Hutter, hôte du comte, ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci. Alors Nosferatu cheminera vers sa nouvelle propriété, répandant dans son sillage par ses morsures que le peuple ("éclairé" par les mensonges immémoriaux de la médecine) prendra pour une épidémie de peste, la mort et la désolation. Ellen bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le comte faire d’elle sa victime et sacrifie son sang au vampire pour sauver la ville frappée par la peste.

Si le Dracula de Stoker est un gentilhomme suave et élégant, un être au charme d’un autre temps, mystérieux et raffiné, le Nosferatu de Murnau est pâle, rigide, le crâne chauve et déformé, tel un cadavre aux mains décharnées et au regard obnubilé, cerclé par un contour de suie, marquant une désespérante solitude. Alors que Dracula est tragique, le Nosferatu suscite la répulsion. Son antre est un château en ruine érigé sur une lande désolée où se côtoient le sauvage et la bestialité. Sa demeure est la manifestation visuelle d’une âme ténébreuse. il est accompagné par des cohortes de rats.

Le film est un chef-d’oeuvre du cinéma muet expressionniste. Murnau utilise les ressources du montage et surtout de l’éclairage, dans une ambiance en clair-obscur qui prend des significations symboliques.

Vampyr, ou l’Étrange Aventure de David Gray (Vampyr – Der Traum des Allan Grey) est un film danois de Carl Theodor Dreyer sorti en 1932. (Synopsis : David Gray s’installe un soir dans l’auberge du village de Courtempierre. Pendant la nuit, un vieillard lui rend visite et lui confie un grimoire sur le vampirisme et les moyens d’y faire face. Dès cet instant, David doit affronter et déjouer les pièges d’une femme vampire…)

Fred Thom écrit dans "Plûme noire" : le film croise deux genres de l’horreur, les vampires et les revenants. Autre curiosité, l’image floue et grisâtre, résultat impromptu de l’entrée de la lumière dans la caméra qui donna l’idée au réalisateur de tourner Vampyr entièrement de cette façon. A l’atmosphère lugubre s’ajoutent les décors sinistres d’Herman Warm à qui l’on doit aussi ceux du Cabinet du Dr Caligari. Le film n’a cependant pas de dimension artistique. Vampyr a plutôt une valeur symbolique, offrant une succession d’allégories visuelles. A commencer par l’arrivée à l’hôtel marquée par la faucheuse sonnant une clochette. Un indice assez révélateur, qui après la rencontre des autres hôtes, aussi difformes les uns que les autres, semble faire de cet hôtel une succursale de l’enfer. L’atmosphère lugubre, la présence de tableaux sinistres et des voix venues de nulle part n’arrangent évidemment pas les choses. David Gray part alors explorer le voisinage, ce qui nous permet de découvrir une succession d’éléments qui ont depuis été recyclés à maintes reprises dans le cinéma d’horreur. A commencer par une clé qui tourne toute seule dans une serrure en passant par l’utilisation des ombres symbolisant les morts (déjà utilisées dans Nosferatu), des morsures de vampires, un assassinat dans un manoir et une mort dans un silo. On trouve aussi un bal de fantômes qui a certainement inspiré le culte Carnival of Souls. Le film abonde aussi de squelettes tandis que l’emploi de difformités trouve un écho dans le cinéma de David Lynch. Mais, le moment le plus marquant est sans aucun doute un retournement de situation, qui depuis Le Sixième Sens et Les Autres semble faire les beaux jours du cinéma d’horreur actuel. Une similarité étonnante qui, volontaire ou non, ne fait que confirmer l’inventivité des pionniers du septième art et confronte les limites créatrices du cinéma contemporain. "


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En 1931, Bela Lugosi joue pour la première fois Dracula dans un film de Tod Browning. Il endossera ce rôle quatre fois en tout. Pour l’anecdote, Bela Lugosi fut enterré avec la cape de Dracula. C’était en 1956. Le deuxième acteur le plus représentatif du rôle de Dracula fut Christopher Lee qui apparut en 1958 dans le film de Terence Fisher le Cauchemar de Dracula. Lee joua ce rôle dans une dizaine de films.

2 Messages

  • Vampires et cinéma 25 décembre 2009 21:33, par Aliette G. Certhoux

    Evidemment.. on n’est pas d’accord du tout sur le fait que Vampyr de Dreyer n’ait pas de valeur artistique :) Je pense au contraire que c’est un grand film du réel, hyperréel et un film expérimental sur le récit... et notamment une leçon d’écriture du découpage cinématographique (c’est le découpage qui structure les effets pas les effets qui structurent le découpage comme dans les films fantastiques traditionnels, entre illustration et littérature ou théâtre), avec certaines séquences qui se privent de tout effet spécial de l’image sinon qu’elles structurent simplement des changements de points de vue simultanés... il n’y a que Carrax qui ait essayé de se confronter à ça par séquences, par fragments, comme Dreyer également par fragments dans Vampyr.. on a pensé au cinéma japonais pour Carrax — une culture de l’image graphique où il n’y a pas de perspective — mais personne n’a pensé à Vampyr dans la dernière séquence, organisée par la dichotomie du sens en un champ contre-champ large — de Boy meets girl par exemple, ou dans son dernier, son sketch dans Tokyo (on pense aussi à Renoir, et à toute cette tradition du film fantastique réaliste où ils sont peu finalement, mais où il ne faut pas oublier non plus le premier cinéma russe, et Griffith) — . Mais bon, faudrait faire une critique du film et pas le temps ;-) Avec le Dracula de Coppola et Nosferatu de Murnau, ce sont trois de mes films cultes... et il ne faut pas oublier non plus Le bal des vampires de Polanski, qui lui est un véritable conte postmoderne, une pure merveille — mais pas une exploration aux limites du cinéma naturaliste ou fantastique comme les films de Dreyer et de Murnau, qui sont tous les deux des films du réalisme ;-)

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  • Vampires et cinéma 26 décembre 2009 19:10, par Aliette G. Certhoux

    Léos Carax (avec un seul "r", bien sûr !) Mes excuses...

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