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	<title>La revue des ressources</title>
	<link>http://www.larevuedesressources.org/</link>
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	<language>fr</language>

	

	


	
		
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		<title>Lettre de Budapest</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=944</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Hongrie, ongre, congre, pays incongru comme sa langue et pourtant si proche. A Budapest, je cherche les Barbares, les Celtes, les Romains, les Huns, les Tartares, les Turcs, et je ne trouve que des semblables, des gens du métro, des comme nous, faciès, taille, pour un peu on se croirait à Dijon, sauf cette fameuse langue agglutinante, finno-ougrienne, le mot déjà vaut son pesant de fortins, dans laquelle la voyageuse refuse de s'immiscer.
L'Anglais, l'Allemand, vous n'y échapperez pas. Dans les grandes salles du Café Gerbeaud, atmosphère viennoise, avec ses lustres et ses miroirs, l'anglo-saxon s'élève comme une grande vague, moutonne dans les décorations du plafond, retombe sur les fameux gâteaux, fait tinter les verres, les tasses.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Des touristes allemands me conseillent d'aller voir le Marché couvert. D'ici, vous prenez tout droit, geradeaus. vous verrez, c'est fabuleux avec tous ces produits locaux, fruits, viandes, vins. Au Marché central, un immense bâtiment art nouveau, l'abondance des marchandises offertes me rappelle le souk d'Istamboul. Ici on vend du Tokay, vin plus ancien que le Bordeaux, paraît-il. Poivrons de toutes couleurs, guirlandes de piments rouges accrochées aux étals de légumes comme des décorations de Noël, tout semble sous le signe du paprika.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis là pour être ailleurs, pourquoi pas Budapest. Je ne suis pas là pour voir, mais pour être. La voyageuse arpente des trottoirs sans fin. Marche éprouvante, fascinante, elle est à l'affût, le détail qui parle, l'émotion qui court sous la peau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce que je cherche dans cette ville étrangère, et qu'est-ce qu'être, sinon voir ? Alors la voyageuse se laisse porter, emporter. Le Danube, en ces jours frileux de printemps n'a rien de bleu. C'est un fleuve de guerre et de paix, un roman inachevé, ou plutôt une saga. On le croit encore vagissant en Forêt noire, il est déjà à Vienne, avant de s'élancer dans toute sa largeur sous les ponts de Budapest, des ponts aériens, subtils. L'hôtel Gellert, style art nouveau, vous ne pouvez pas le rater. De Pest, vous ne voyez que ça. Du temps des socialistes, c'était crasseux, paraît-il, mais on y logeait pour trois fois rien. Les sources chaudes font la fierté de la ville, creusant d'impressionnantes grottes Et il y a le château, toute une histoire, avec la citadelle, et aussi la cathédrale néo-gothique consacrée au roi Mathias, et le fameux bastion des Pêcheurs. Le soir, il paraît que ça brille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Moi je préfère marcher dans Pest, me perdre dans ses rues, découvrir ses maisons colorées, alambiquées, me croire ici en Autriche, là en Italie ou encore en Turquie. D'un édifice à l'autre, tous les styles, gothique, renaissance, baroque, classique, mais plutôt, la faute aux guerres, aux invasions, versions néo. Avaler tout cela, pas question. Tournons-nous plutôt vers la fiction. Dans le roman de Magda Szabo, Rue Katalin, jaquette rouge, trois familles vivent côte à côte, sur la rive de Buda, dans une atmosphère de paix, de douceur. Il y a Henriette, la petite juive, qui, une fois morte reviendra voir ses proches, Blanka, la dodue, dont les caprices, les impulsions déchaînent des drames, et aussi Iren, la forte, la sage. Au milieu d'elles, le jeune Balint. Balint comme le psychanalyste hongrois, organisateur des fameux« groupes Balint », qui ont développé la relation médecin-malade. Jeux d'enfants, d'un jardin à l'autre, comme le jeu du cerisier, puis on grandit. Balint aime Henriette comme son enfant, Blanka comme une petite garce, Iren comme sa promise. . Un jour, Balint et Iren se regardent et leur destin est scellé. La fameuse cristallisation stendhalienne. L'amour arrive en une fois, une fois pour toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Magda Szabo conte une histoire avec des vrais personnages, traversés par l'Histoire. Tout y est, amour, peur et joie. Il y a la guerre. N'oublions pas que la Hongrie, après l'Anschluss, est quasiment sous le joug de l'Allemagne. Le père de Balint disparaît. Tant mieux. On aime mieux ne pas savoir ce qu'il a fait pendant la guerre, sur le front ukrainien. Balint aussi part à la guerre. Quand il revient, ce n'est plus le même homme. Il a vu trop de vilaines choses, il ne peut plus épouser Iren, la forte. A partir de 44, la Wehrmacht occupe la Hongrie, les Juifs sont enfermés dans le ghetto, et déportés. On essaie de cacher Henriette. Peine perdue. Pour une étourderie de Blanka, la jeune fille est repérée par un soldat. La première balle fait mouche. Henriette tombe morte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis l'occupation soviétique, puis l'insurrection en octobre 56. Magda Szabo laisse entendre les coups de canon, la mêlée dans les rues, la peur un peu partout. Qui est qui, et qui avec qui ? Elle n'en dit pas plus. Balint finira par vouloir épouser Iren. Elle pleure. Elle pleure parce qu'elle ne l'aime plus. Mais elle l'épouse, parce qu'elle l'a aimé. Toujours le cristal.
Vous l'aurez compris, la ville est entrée en moi par le roman de Szabo. C'est avec ses personnages que le pavé vibrait sous mes pas, que l'Histoire prenait forme. Mais pas seulement. Parce qu'un livre en convoque un autre. Lire c'est relire. D'autres personnages surgissaient, jetés dans les mêmes bourrasques. Par exemple Liquidation d'Imre Kertez, quand s'allument les bougies du souvenir, Place des Héros. Un livre, c'est comme une ville. On l'a déjà lu quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les Soviétiques nous ont libérés, dit le guide qui fait visiter la synagogue, mais ils ont oublié pendant quarante ans de partir. Alors maintenant c'est mieux ? Oui, mais il faut payer pour tout. C'est vrai que sous la férule soviétique, on vivait les uns sur les autres, et on était surveillé. Si vous fautiez, c'était le conseil de discipline. On risquait la prison, voire l'exécution. Et chacun était à la merci d'une dénonciation. Sur des racontars de Blanka, l'écervelée, Balint, devenu médecin, est muté hors de Budapest. Il aurait eu de nombreuses aventures sexuelles au sein même de l'hôpital. Et la morale, alors ! Mais c'est lui qui sauvera Blanka, dénoncée à son tour pour turpitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le guide est un beau garçon, chapeau noir, costume noir, boucle à l'oreille. Les Juifs étaient tellement intégrés à la population que nous avons tous de la famille juive, me dit une Hongroise rousse aux yeux perdus.
Une merveille, cette synagogue ; on se croirait... dans une église. Dorures, cristal, marqueteries, et même un orgue qu'un Chrétien vient jouer le samedi, jour du shabbat. Construite dans un style mauresque, c'est la plus grande synagogue d'Europe. Ce serait la plus grande du monde s'il n'y avait le Temple Emanu-El à New York. Ici on prie sûrement, on se souvient, mais surtout on respire. Fini la peur, la honte, les poumons s'élargissent sous l'immense voûte. Etrange monument commémoratif en forme de saule pleureur, dans le jardin du souvenir, jardin Raoul Wallenberg. A l'arbre sont accrochées des petites feuilles de métal argentées comme autant de vies frissonnantes avec, gravé sur chaque feuille, le nom d'une victime du nazisme.
Quant à la Basilique, toute en marbre et en mosaïques, elle est consacrée à Saint-Etienne, silhouette blanche rayonnant sur l'autel, le roi qui a converti les Hongrois au catholicisme. Car il y a un millénaire à peine, les Hongrois étaient païens !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'Opéra, vaguement inspiré de ceux de Paris et de New York, j'assiste à une représentation de La bohème, pleine d'entrain. Les interprètes, en majorité hongrois, déclament en italien ce mélodrame dont l'action se situe dans le Paris du dix-neuvième siècle. Des surtitres en hongrois permettent aux autochtones de s'y retrouver. J'aime qu'ici au moins, on ne privilégie pas forcément le touriste. Liszt s'est produit dans ces lieux, Brahms également. La Hongrie, Brahms la connaissait déjà par le violoniste Remenyi, son acolyte des premières années, réfugié en Allemagne après le printemps sanglant de 1849, quand l'Autriche avait écrasé la révolte magyare. Remenyi devait amener Brahms à un autre violoniste hongrois, Joseph Joachim, qui jouerait un rôle primordial dans sa vie. D'où les fameuses Danses hongroises.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit métropolitain est une chose ravissante, avec ses faïences, surtout si vous le prenez juste devant le café Gerbeaud, en direction des bains Széchényi, immeuble néobaroque, couleur jaune. Les bains sont l'une des curiosités de la ville. Faut-il payer pour voir ? Voir la vapeur sortir des eaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi prendre le tram brinquebalant qui court le long du Danube, ou encore arpenter le pont Elisabeth pour rejoindre Buda et son funiculaire. Mais voilà que tombent de grosses gouttes. En une minute, c'est la tempête. Le Danube s'affole, les parapluies se retournent, je me plaque contre la pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Suis-je vraiment allée à Budapest ? Il me faut une preuve. Lors d'une dernière promenade, je tends mon portable à un jeune Asiatique qui passe par là avec sa famille. Il n'aura qu'à appuyer sur ok. Je m'adosse à la muraille, la colline de Buda, s'élevant derrière moi. Le garçon s'exécute. La photo, en contre jour, ne montre pas une femme, seulement une vague forme humaine. Le jeune Asiatique semble déçu pour moi, Au moins je fais tache dans l'espace, avec une drôle de mèche au milieu du crâne que le vent hérisse en virgule contre la rive opposée. J'y étais. Marie-Louise Audiberti&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-05-15T03:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Louise Audiberti</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
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		<title>Ghayth</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=941</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton941.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;200&quot; height=&quot;149&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
L'avertissement contre le danger de la cigarette n'est-il pas bien inscrit sur tout paquet de cigarette ? La cigarette pourrait causer la mort. Or, il semble que personne ne prenne cet avertissement au sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon ami [&lt;a href=&quot;http://www.larevuedesressources.org/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[1] Ghayth est un prénom arabe masculin.&quot;&gt;1&lt;/a&gt;], quant à lui, me regardait avec une ironie amère à chaque fois que j'abordais ce sujet avec lui... Des années... De longues années ont passé sans que je puisse le convaincre de s'arrêter de fumer, ou bien de moins fumer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, ce jour là... nous étions tous les deux dans un car qui roulait à grande vitesse sur la route tortueuse entre Amman et Al-Zarka'a [&lt;a href=&quot;http://www.larevuedesressources.org/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;[2] Ville de Jordanie.&quot;&gt;2&lt;/a&gt;]. Mon ami a ouvert son paquet de cigarettes. Il avait déjà réussi à en tirer une avant que je prenne le paquet de sa main.... Il a voulu dire quelque chose, mais il a renoncé et s'est retourné vers la vitre. J'ai mis le paquet dans ma poche en lui laissant la cigarette entre les doigts sans l'allumer....&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il m'a dit sur un ton de reproche :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Leur santé t'intéresse ? Ou bien tu ne veux pas les déranger ?
&lt;br /&gt;&#8212; Il faut agir avec tact. Tu ne vois pas que le car est bien fermé ? &lt;br /&gt;&#8212; Et bien... tu ne veux blesser personne... tu ne trouves pas qu'ils s'amusent à nous dévorer ??? Ils ne font que nous dévorer.
&lt;br /&gt;&#8212; Et pourquoi font-ils ça ?
&lt;br /&gt;&#8212; Parce qu'ils ont faim.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi est-ce que nous ne serions pas comme eux, nous aussi ?
&lt;br /&gt;&#8212; Parce que... Parce que nous sommes faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'est retourné encore une fois, et il s'est mis à regarder la route.
Je me rappelle très bien notre première rencontre. C'était aux premiers jours de mon exil. J'étais ruiné ; comme moi, il était ruiné, lui aussi. On s'est rencontré à un moment donné. Je l'ai soutenu, il m'a soutenu. Nous sommes devenus une force, engendrée de deux faiblesses. Nous avons passé les années de l'exil ensemble. Il est devenu mon ombre, je suis devenu la sienne. Pourtant, je n'arrivais pas à le convaincre de changer ses opinions ni ses comportements.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu crois qu'on va le trouver ? m'a-t-il demandé.
&lt;br /&gt;&#8212; Peut-être, il faut toujours être optimiste, lui ai-je répondu.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu me tues par ton optimisme... je ne sais pas d'où il jaillit. Tu ne te rends pas compte que la chance nous a abandonnés depuis longtemps ?
&lt;br /&gt;&#8212; Ça suffit, ne rend pas l'existence plus dramatique qu'elle ne l'est.
&lt;br /&gt;&#8212; Moi ? Moi, je dramatise l'existence ? Je te lance un défi. Montre-moi une seule lueur d'espoir ! Tu ne regardes pas autour de toi ? Tu ne vois pas la pourriture et la corruption, comme je les vois ?? Toute cette ordure ?? Toute cette défaillance ?? Tu ne sens pas notre chute rapide au fond d'un abîme si profond ?? &lt;br /&gt;&#8212; Sois optimiste.... Sois optimiste pour l'amour de Dieu, ce n'est pas la fin du monde.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne veux pas être comme l'autruche et enfoncer ma tête dans le sable ; ça suffit... je ne peux plus, je veux... je veux respirer.
&lt;br /&gt;&#8212; Et tu crois que tu ne trouveras l'air que là-bas ?? Tu n'arriveras pas à respirer là-bas quand tu seras devant l'évier en train de faire la vaisselle.
&lt;br /&gt;&#8212; Arrête s'il te plaît...ça suffit. Si l'idée de l'émigration ne te convient pas, pourquoi est-ce que tu as fait toutes ces routes avec moi ??
&lt;br /&gt;&#8212; La pauvreté. La pauvreté dans le pays, c'est l'exil même, lui ai-je dit avec amertume.
&lt;br /&gt;&#8212; Et la pauvreté dans l'exil ??
&lt;br /&gt;&#8212; La pauvreté dans l'exil, c'est la mort même, lui ai-je répondu.
&lt;br /&gt;&#8212; La Mort, a-t-il dit, et il s'est retourné encore une fois pour regarder la route.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je l'avais accompagné pas à pas dans toutes ses tentatives... canots pneumatiques,... bateaux, aéroports..., fuite à pied..., six tentatives, toutes en vain. Nos passeports étaient ornés de cachets rouges... On a été renvoyés de plus d'un pays. On est arrivé enfin à Amman. Notre séjour va bientôt expirer. Et après... après ou bien retourner en Irak...ou bien payer une énorme amende pour chaque jour supplémentaire passé à Amman.
Nous n'avons qu'un dernier espoir. Continuer nos tentatives pour nous réfugier dans un pays étranger. Ce n'était pas juste une solution ? C'était un rêve... pour mon ami, c'était le rêve de sa vie... Quant à moi, j'ai tant refusé de quitter mon pays... mais est-ce que j'avais le choix ??
Il m'a demandé non sans crainte : &quot; Tu crois qu'on peut avoir confiance en lui ?&quot;
&lt;br /&gt;&#8212; Il a une bonne réputation, il prendra une nouvelle route, il a l'air convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a fait tant de tentatives, suivies d'autant d'échecs. On est devenu experts dans ce domaine. A chaque expérience, notre prudence s'accroît, tandis que nos chances de parvenir à notre but diminuent. On ressentait de la peine à chaque fois qu'un idiot arrivait facilement à entrer dans un pays étranger. Quelques uns de nos amis y sont entrés en quelques jours...Quant à nous, mon ami et moi ? Toutes nos tentatives ont échoué malgré toute notre expérience. Si quelques policiers n'avaient pas été un peu tolérants et certains d'entre eux un peu corrompus, nous aurions fini, mon ami et moi, par coucher sur le sol sale de quelque prison.
&lt;br /&gt;&#8212; Avant c'était différent... pourquoi arrivons-nous toujours trop tard ? Partir était une préoccupation normale, il y a vingt ans. Puis dix ans plus tard cela est devenu plus facile. Il y a même cinq ans, partir était possible. Mais maintenant... pourquoi arrivons-nous toujours trop tard ?? Pourquoi ? m'a-t-il demandé avec amertume.
&lt;br /&gt;&#8212; Car il y a vingt ans, nous n'étions que des enfants. Dix ans plus tard nous étions en train de faire notre service militaire. Alors que cinq ans en arrière, nous ramassions de l'argent que nous donnerions à un contrebandier.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tu crois que j'ignore ça ? Mais il y a toujours quelque chose qui nous empêche de... c'est notre malheur ? Avons-nous la guigne ??
Je ne lui ai pas répondu. Lui non plus, il n'attendait aucune réponse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le car est arrivé à Al-Zarka'a. Nous y sommes venus à la recherche d'un contrebandier &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sûr&lt;/i&gt; que plus d'un ami nous a indiqué. Toutes les économies qu'on avait faites, en travaillant très dur, les économies faites de notre sueur sous les soleils de l'exil, se sont évaporées par-ci par-là pendant nos luttes successives, et il ne nous restait pas grand chose pour tenter une aventure pareille. Or, cela ne nous a pas empêchés d'essayer de contacter cette personne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mon ami m'a regardé longuement dans les yeux, il a respiré profondément avant de me dire avec sollicitude :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#8212; Tu me prêtes ton argent pour que je parte ? Tu me connais bien... je ne te délaisserai jamais... dès mon arrivée là-bas, je ferai l'impossible pour te faire venir. C'est une promesse... je te le jure sur mon honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne lui ai pas répondu, si je lui avais demandé la même chose, il aurait agi comme moi, malgré l'intimité de notre amitié. Car l'amitié de l'exil n'engendre jamais un sacrifice pareil... Il est tombé dans une dépression profonde qui l'empêchait de parler, même lorsque le car s'est arrêté. Il est descendu en hâte, je l'ai suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il a sorti son briquet de sa poche en marchant dans la rue étroite. Il a fait trois ou quatre pas puis il s'est arrêté... Il s'est arrêté pour allumer sa cigarette... Je me rappelle encore très bien ces moments-là. Il tenait le briquet dans sa main droite et la flamme entourait sa main gauche. Sa petite valise dont il ne s'était jamais séparé pendillait à son poignet. Il a allumé sa cigarette ; il a aspiré profondément. Il a reculé sa tête et a expiré la fumée très haut. A ce moment-là, à ce moment précis, un grand camion-citerne traînant un réservoir de pétrole a surgi soudainement d'un virage qui précédait la courte descente où nous étions arrêtés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;GHAAYYYTH... J'ai voulu crier, je n'y suis pas arrivé. La peur m'a paralysé. Est-ce qu'il a vu le camion ?? Peut-être l'a-t-il vu, mais il n'a pas bougé. Etait-il conscient de la situation ? Etait-il paralysé par la peur ? Ou bien il a voulu... je ne sais pas. Je ne sais même pas si le chauffeur a klaxonné. Je ne sais pas... je ne sais pas. Tout ce que je me rappelle précisément, c'est que le camion a fauché mon ami, le jetant en l'air, puis que ses roues ont sautillé en écrasant le corps une fois, puis une deuxième fois...Les autres roues ont continué à rouler normalement après avoir complètement brisé le corps sur l'asphalte.
Je me suis figé pour quelques instants... pour quelques instants, puis, j'ai agi avec une vilenie spontanée, comme n'importe quel connaisseur de l'exil qui a laissé sa bravoure aux frontières de son pays. Je me suis éloigné tout en ouvrant le paquet de cigarettes, celui de mon ami même. J'ai allumé une cigarette, en me mettant à empoisonner mes poumons par un mauvais tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me suis éloigné calmement, mon c&#339;ur saignant de chagrin... Je ne pourrai plus l'aider... il ne pourra plus m'aider. A quoi bon m'en mêler, moi l'étranger ruiné dont le passeport est orné de cachets rouges ? Je pourrais avoir des problèmes que je serais incapable de résoudre. Sa petite valise pendillait à son poignet... Ils pourront trouver son passeport et des centaines de dollars. Sans doute l'ambassade va le récupérer et le livrera à ses parents. Ou... peut-être... quelle différence... il se repose maintenant... son histoire est achevée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me suis éloigné calmement et mon âme sanglote. Son épaule côtoyait la mienne quelques minutes avant l'accident. Est-il mort vraiment ?? Je me suis éloigné en silence. Je me suis éloigné silencieux et tout mon corps voudrait hurler.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne regrette qu'une seule chose pour le moment. Si j'avais pris la cigarette de ses doigts et l'avais écrasée sous ma chaussure. Si j'avais fait cela... peut-être... peut-être qu'il serait encore vivant, cherchant avec moi un contrebandier &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sûr&lt;/i&gt;, qui nous proposerait une route que les policiers n'avaient pas encore découverte...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour le moment... et à chaque fois que fume une cigarette, je contemple longtemps cet avertissement inscrit sur le côté du paquet. Je le contemple bien et je me demande : Pourquoi est-ce que personne n'arrive à croire à cet avertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi est-ce que personne ne pense qu'une cigarette pourrait être mortelle !!??&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-05-12T02:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nahidh Al Ramadani</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>« La terrible opiniâtreté des hommes de lettres »</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=916</link>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Peut-on qualifier l'opération qui consiste à « transformer en mots tout ce qu'on éprouve » de « trouble du comportement », comme le fait Sebald dans les premières lignes de son ouvrage ? De nombreux symptômes semblent l'y autoriser, comme cette tendance des artistes qu'il évoque à se replier dans la solitude (ou à en rêver, tel Rousseau) jusqu'à développer les pires maladies psychiques (ce dernier sombrant dans le délire de persécution). Qu'il s'agisse de l'auteur des Confessions, de Mörike ou de Robert Walser, on ne peut que lui donner raison lorsqu'il fait dépendre leur longue dégénérescence de leur incapacité à se détourner d'une activité qui s'avère souvent extrêmement pénible pour le corps et pour l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;	C'est que les séjours à la campagne dont il est ici question n'ont rien de reposant. L'ambiance de sérénité qui peut régner à l'île de Saint-Pierre, sur le lac de Bienne, où Rousseau se réfugia quelques temps en 1765, est trompeuse. Chassé d'un peu partout, l'écrivain, « au bord de l'épuisement physique et moral », y retrouve toutefois un peu de la paix qu'il recherchait désespérément, et que ses écrits, partout condamnés, l'empêchaient d'atteindre. Il éprouve même du dégoût pour l'activité littéraire, et se consacre à la botanique. « A une époque où la bourgeoisie revendiquait son émancipation à grand renfort de philosophie et de littérature, écrit Sebald, personne n'a décelé aussi bien que Rousseau l'aspect pathologique de la pensée, lui qui pour sa part ne désirait rien tant que de pouvoir arrêter le mouvement des rouages dans sa tête ». Or Rousseau ne cessa jamais d'écrire, et c'est à l'île de Saint-Pierre qu'il rédigea son Projet de constitution pour la Corse, refusant l'invitation d'aller vivre en paix, loin de ses ennemis, à Vescovato. Sebald évoque avec beaucoup de sensibilité ses propres voyages qui, à des années de distance, le firent aller de l'île de Saint-Pierre (où il séjourne, un automne, dans le même établissement que Rousseau) au village corse où le penseur aux abois aurait pu finir sa vie paisiblement. Beauté de ses lignes qui présentent l'horizon impossible d'une vie, horizon qui, toutefois, est l'objet constant de la rêverie rousseauiste que reprend Sebald : « Des fenêtres de l'étage, la vue plonge sur une ravine où même à la fin de l'été bruissent les eaux d'un torrent. Plus loin scintille un bleu dont on ne sait s'il s'agit de la mer ou du ciel au-dessus d'elle. Tout autour s'étendent des jardins en terrasses aujourd'hui à l'abandon, mais où poussaient alors en toute saison des arbres fruitiers, orangers, abricotiers, et diverses plantes des champs. Les environs sont constitués de collines couvertes de bouquets de châtaigniers, où Rousseau aurait pu déambuler avec son chien. Qui sait, s'il avait passé le reste de sa vie à distance de l'effervescence littéraire et de la bigoterie, qui sait si ne lui aurait été préservé ce bon sens qui plus tard, par périodes pour le moins, vint complètement à lui manquer ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;	Ces essais ne se laissent toutefois pas résumer à une approche de l'activité littéraire comme pathologie, ou plutôt, ils situent l'acte d'écrire dans un contexte historique et existentiel plus large qui donne tout son sens à ces symptômes du mal-être artistique devenu vite symbole du romantisme en littérature, romantisme dont nous ne sommes certainement pas sortis (d'où la perspective largement ouverte de ce livre, qui court sur deux cents ans). Ainsi, lorsque Sebald fait le portrait de Mörike en donnant la longue liste de ses maux (« son hypocondrie, les lubies qui le hantaient en permanence, l'abattement et la détresse dont il parle si souvent, la dépression diffuse, les crises de paralysie, les épuisements soudains, les vertiges et et maux de tête, l'horreur de l'inconnu si souvent ressentie »), il explique ceux-ci en écrivant qu'ils ne sont pas seulement dus à son tempérament mélancolique, mais qu' « ils sont aussi les effets psychiques induits par une société de plus en plus régie par l'éthique du travail et de la concurrence », éthique qui commence à sévir dans l'Allemagne en voie d'industrialisation du début du dix-neuvième siècle. Se dégage alors une vision plus large du phénomène littéraire, fortement conditionné par le devenir historique qui, après la Révolution française, entraîne l'Europe dans une ère de catastrophes s'étendant jusqu'à nos jours. Sebald n'hésite pas à laisser la parole à un royaliste comme Jean Dutourd, lequel voit dans la prise de la Bastille l'avènement d'une histoire marquée par les guerres menées au nom d'idées abstraites autorisant tous les meurtres et massacres. « Le sang versé entre 1789 et 1815, écrit l'académicien, n'a pas seulement transformé la nature des Français eux-mêmes et le visage de leur pays, mais de ses fumées est aussi sortie l'Allemagne nouvelle et inquiétante ». De Napoléon à Hitler, l'histoire s'enchaîne, comme prise dans un tourbillon au sein duquel la littérature et les écrivains eux-mêmes sont aussi emportés. Même un auteur comme Mörike, en pleine époque Biedermeier, qui n'a jamais quitté sa Souabe natale, pressentait le futur catastrophique de son pays, « que tout cela finirait mal ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;	Séjours à la campagne se lit avec d'autant plus de bonheur - bonheur empreint de gravité - quand on connaît soi-même le Bade-Wurtemberg, où l'on retrouve dans l'histoire comme dans la géographie ce mélange de paysages paisibles et de scènes révolutionnaires. De l'époque de Hölderlin à celle de Heidegger en passant par Hebel et Mörike, le livre de Sebald couvre deux siècles selon une perspective à la fois panoramique et très plongeante, comme si le moindre détail pouvait avoir son importance. C'est cette capacité qu'il admire chez Hebel à saisir le fragment le plus petit comme à embrasser l'univers entier qui fait de l'écrivain véritable un être d'exception, payant parfois sa vision englobante par la maladie. Comme si la conscience, d'avoir été développée hors du champ étroit de l'époque tel qu'il est défini par le pouvoir en place - assemblage de demi-vérités, de trompe l'&#339;ils et de beaucoup de mensonges, telle est toujours une époque pour ses contemporains, et l'on s'en rend particulièrement compte aujourd'hui en France -, comme si la conscience devait souffrir de l'intensité de ce qu'elle voit et comprend après avoir brisé ses chaînes. Sebald, dans sa chambre de l'île de Saint-Pierre, s'étonne de l'incapacité des rares visiteurs à voir les infimes détails de celle de Rousseau : « Aucun (...) ne s'est penché sur la vitrine pour déchiffrer l'écriture de Rousseau, aucun n'a remarqué que le plancher d'épicéa aux lames claires larges de deux pieds était si usé en son milieu qu'il formait des ornières et que les noeuds saillaient du bois de presque un pouce. Aucun n'a caressé de la main la pierre d'évier polie de la souillarde, ni perçu l'odeur de la suie flottant encore à l'endroit de l'âtre, et aucun n'a jeté un &#339;il par la fenêtre, d'où la vue plonge sur un verger et une prairie s'étendant jusqu'à la rive sud du lac ».&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-05-05T02:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Margantin</dc:creator>
		

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		<title>Les Techniciens du sacré, anthologie par Jerome Rothenberg</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=949</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton949.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;240&quot; height=&quot;240&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
La parole poétique - son authenticité se mesure à son amplitude comme à sa profondeur : on l'apprécie, sous les formes diverses qu'elle est amenée à prendre, à l'envergure du compas mental de celui qui la prend en charge ; on la jauge à la densité des matériaux qu'elle va puiser dans les gouffres &amp; les antres où se forge le noyau de toute expérience humaine. Jerome Rothenberg est un voyageur de l'universel qui sait, depuis longtemps(mais on en a enfin la preuve en notre langue), où aller puiser et sur quelles terres le forage sera fécond.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;	Le projet initial de son anthologie fut, à la fin de la décennie des années 60, de réunir des documents relevant de la poésie portée par les traditions tribales ou orales de toute origine, couvrant l'ensemble de la planète, en utilisant les travaux des anthropologues et des linguistes. Il ne s'agissait pas de livrer les documents bruts et de les juxtaposer, comme en une galerie de curiosités. Nous avions eu, chez nous, l'anthologie nègre de Cendrars, qui s'inscrivait dans ce type de démarche, en la dépassant toutefois, puisqu'elle était également en résonance avec le mouvement des avant-gardes artistiques du début du XXème siècle ; nous avions eu aussi plus tard dans le siècle, l'anthologie de Senghor, où la littérature trouvait son compte ainsi que la revendication politique (la préface de Sartre mettant l'accent sur ce point).
L'entreprise de Rothenberg obéissait, elle, en un temps de doute sur l'ensemble de ce qui se présentait comme la civilisation (celle que l'Europe des Lumières avait initiée &amp; que l'âge de l'industrie achevait) et de recherche d'efficacité de la parole poétique, à un double souci : de « confrontation » certes, entre les textes présentés, et dans une optique plus large que celle d'un florilège thématique (à détermination ou finalité ethnologique, esthétique ou politique), mais plus intensément de redéfinir ce que nous pourrions nommer les rapports du sens et de la forme. La vie des peuples autres (disons ainsi, pour ne pas employer les tristes qualificatifs de « primitifs » ou de « premiers ») fait une place essentielle aux rituels ; et tout rituel agit comme « modèle de mise en forme du sens &amp; de l'énergie » ; il s'ensuit que la qualité requise pour la parole engagée dans le rituel est son efficacité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rothenberg développe, à partir de ces données, un certain nombre d'idées simples, qu'il faut rappeler. Il est d'abord avéré, à la lecture de ces textes, que la notion de langue « primitive » est une notion indue, syntaxe et lexique étant en chacune élaborés et suffisamment riches pour parer à tous les enjeux. Les étalons de valeur de civilisation ne dépendent absolument pas de l'évolution technologique que nous avons nommée « progrès », où la rapidité des échanges et de la « communication » tient lieu de savoir, et qui n'aboutit qu'à l'amoncellement de gadgets, d'instruments d'infantilisation et de propagation de la mort de masse ; au contraire, la technicité des peuples du monde est très diverse, puisque adaptée au milieu, au double sens de l'environnement écologique et géographique et des nécessités intérieures de la réalisation de soi : la « sacré » est alors ce qui permet la vie dans un contexte humain où chaque individu est en relation avec le tout du groupe auquel il appartient. Le poète (soit, étymologiquement, le « faiseur ») est alors, parmi les « techniciens du sacré » celui dont la parole formée fait le sens. Entendons : la forme fait le sens comme le sens induit la forme.
Au-delà de la multiplicité des approches du réel selon la diversité géographique et historique, le « primitif », par la parole poétique, agit de façon complexe (investissant un réseau dense et chargé d'énergie), sur une réalité fort complexe elle aussi : pour le résident lambda de nos cités, un tapis de neige est un spectacle navrant ou disponible pour le plaisir ; pour un Esquimau c'est une des données essentielles du réel : sa simple description implique déjà des modes d'action diversifiés à fins multiples. Les lignes de sens de cette action se situent là où l'intelligence des choses et leur résonance sensible sont liées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'où le chant, sous ses formes variées de jaculation : du port de voix le plus direct &amp; « naturel » à la déclamation, en passant par la modulation et la psalmodie. Ce qui pose le problème de la traduction sur un plan où le poète prend le relais de l'ethnologue : « Une anthologie telle que celle-ci est destinée par nature à offrir un assemblage de versions. » L'altération phonétique, par exemple, ne peut qu'être notée qu'avec de pauvres moyens. Les significations qui se greffent, par résonance interne au chant, sur le noyau de sens, comment les faire apparaître ? Le mouvement de la parole appliquée à épuiser ces implications multiples, comment le rendre ? Qu'est-ce qu'un « vers » ? Une « strophe » ? Très vite, se superpose le problème de l'unité de l'objet verbal qu'on nomme poème. Rothenberg distingue un premier facteur dans la présence de clés, de « constantes » à l'aune desquelles se mesure la pertinence d'un ensemble : son, rythme, noms, verbes, images prégnantes... Mais surtout, un ensemble séquentiel trouve son unité dans une conception de la réalité où les transformations des données opère.
On voit ainsi que l'entreprise de Rothenberg n'est pas de l'ordre du catalogue de curiosités qu'on feuillette, mais engage une réflexion sur les voies &amp; moyens, et les fins de toute parole poétique. L'idée du « transfert d'énergie » de l'auteur (avec toutes les réserves que cette notion nécessite, ou le « poète », ou le faiseur de « charme » -, comme on voudra, en se rappelant l'étymologie, toujours), on la trouve très exactement chez Olson, et elle est reprise, sous une modalité adaptée à un autre type de pratique, dans les préfaces de Denis Roche à ses Récits complets et à Éros énergumène. Ce transfert, c'est celui qu'opère le performer, du chaman, du conteur de théogonie, ou du pourvoyeur de sens, à l'auditeur, car il faut se mettre ici dans la peau de qui écoute pour voir, et non de qui lit pour entendre, et seulement comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Yves di Manno a accompli un travail de refonte véridique dans son adaptation de ce livre à notre langue. Cela supposait une communauté de vue et de voix entre l'auteur du livre et son traducteur ; celui-ci nous a donné, naguère, les preuves de sa compétence, avec Kambuja 1, où il s'appliquait à une transcription personnelle de textes cambodgiens. D'autre part, son édition des techniciens, offre un appareil de notes, ajoutées aux commentaires et aux notes originelles de l'ouvrage, où le lecteur (français, mais pas seulement) trouvera l'illustration de l'axiome de Rothenberg : la concordance des techniques d'articulation de la parole poétique des peuples éloignés dans le temps et dans l'espace - par quoi se manifeste l'esprit dans lequel le livre a été conçu, celui de l'ouverture, à double entente : débat ouvert, &amp; embrassement du réel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rothenberg applique, pour ce faire, le système de la pensée analogique, et non analytique. Ce n'est pas la décomposition (analyser, c'est dissoudre) du chant en ses éléments (ordonnés, raisonnés) qui prime, amis les modes de manifestation de la parole. Exemples : improvisation des voix vaut autant pour le jazz ; rituels offrant divers angles d'attaque se retrouvent dans le concept de théâtre total ; et cette conception du « souffle » (conjonction corps-esprit), c'est encore celle du « vers projectif » olsonien (sans compter qu'une entreprise poétique comme Maximus se situe, clairement, dans la lignée du Gilgamesh). Et dans cette optique, on se souviendra qu'un Pound, pour introduire ses Cantos va chercher une version, par un auteur de la Renaissance, d'un chant homérique ; en foi de quoi, pour rendre l'extrait de textes Dogon, Di Manno utilise la version donnée par Leiris. Question de cohérence dans le propos tenu dans l'ouvrage, et sens de la communauté de vue que nous poursuivons, au-delà de nos différences. Et si Rothenberg cite en appendice Denise Levertov, Paul Blackburn ou David Antin, en échos aux textes ougaritiques ou mélanésiens, son traducteur complète par des mises en parallèle où interviennent Paul Louis Rossi ou Serge Pey (de magnifiques transcriptions de « chants de vision » du peyotl, dans la ... tradition - pourquoi ne pas user de ce terme - d'Artaud).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le livre de Jerome Rothenberg, à mon sens, pour la littérature des Etats-Unis, s'inscrit dans une ligne où je note quelques dates-phares : la première édition de Feuilles d'Herbe, avec sa préface, où Whitman signifie l'acquisition de l'autonomie du poème spécifiquement américain ; le Kora in Hell, avec sa préface de 1918, où Williams fait la ligature, de son côté de l'Atlantique, avec les impératifs de la « modernité » ; l'entreprise des Cantos poundiens (et singulièrement ceux de Pise, où l'aède vient échouer sur les rivages du vieux Monde), avec la méthode « idéogrammatique », prélude à la conception « projective » d'Olson (qui gomme la déclamation rhétorique dont Pound était encore l'otage tragique).
Les Techniciens du sacré est le livre porteur, lui, d'une vision synthétique, dont les autres livres de Jerome Rothenberg sont en quelque sorte le développement : un de ces ouvrages essentiels où les deux axes de l'espace et du temps se fécondent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Auxeméry, 18/04/2008.&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-04-28T02:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Auxeméry</dc:creator>
		

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		<title>Il y aura sûrement </title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=942</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton942.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;100&quot; height=&quot;71&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y aura sûrement demain matin&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un garçon de seize ans&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un minuscule village de l'Italie du sud&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui prendra le car bleu pour aller à l'école&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et ne descendra pas devant l'école verte&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais continuera tout droit vers la mer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous nous cachions dans la petite salle blanche d'un bar&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous passions la matinée entière à jouer aux cartes&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains s'acharnaient sur le flipper&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autres lisaient la Gazzetta dello sport.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma génération n'a pas été révolutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui sont nés comme moi au milieu des années&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;soixante-dix&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;N'ont rien fait&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Personne ne se souviendra d'eux&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous, nous ne pourrons jamais dire « à notre époque »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce qu'à notre époque nous restions des journées entières au bar&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant certains rêves nous les avions&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si je dois être sincère je n'en suis pas sûr.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;IV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quand le car bleu demain matin&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'approchera tout près de l'école verte&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce garçon de seize ans&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui vit d'atroces mélancolies&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se tassera comme un fuyard parmi les sièges&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et ne se fera voir de personne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;V&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'étaient des matinées blanches&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un minuscule village du sud&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains fumaient trop de cigarettes&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'autres mangeaient trop de frites.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais en y repensant j'avais bien quelques rêves&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et je crois que nous en avions tous&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même si nous n'allions jamais à l'école&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et que nous passions nos journées à ne rien faire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais quels étaient ces rêves ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me souviens que j'en avais&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais quels étaient ces rêves ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Demain matin à huit heures et quart&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un garçon qui a trop peu dormi&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et qui n'a pas étudié&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ira seul dans un pays lointain&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En supportant les virages de la départementale&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il aura des pensées profondes&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il sentira sur lui tout le poids du temps&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce que le monde ne lui plaît pas&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et qu'il ne supporte pas la condamnation à mort du genre humain&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;IX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les filles non plus n'allaient pas à l'école&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais elles étaient plus tristes&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parce que les autres filles&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celles qui allaient à l'école en revanche&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les faisaient se sentir marginales.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;X&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voilà pourquoi je doute qu'un de ces matins-là&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En n'allant pas à l'école&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certains aient jamais réussi à en déshabiller une.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se sentir marginal dans un petit village du sud&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Où les parents travaillent dès cinq heures du matin&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et s'achètent une paire de chaussures par an.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce garçon demain matin&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En n'allant pas à l'école&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se sentira terriblement coupable&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette nuit pourtant j'éprouve une étrange sensation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce garçon se cachera entre les sièges&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et il verra ses camarades entrer&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les images de son père qui travaille lui viendront à l'esprit&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant sans ce garçon le monde serait différent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si tu lui demandes quels rêves il a&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ne sait pas quoi te dire&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il reste silencieux avec le visage rouge.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant cette nuit j'ai éprouvé quelque chose&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et je sens que sans ce garçon le monde serait différent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme il aurait été différent&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si ce n'avait pas été nous du milieu des années soixante-dix.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XVI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous sommes restés au bar pendant des jours entiers&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec le poids du temps et de la faute&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec un terrible désir d'embrasser le monde&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au cas où il se serait présenté.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XVII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Maintenant j'ai compris&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce garçon est tout simplement prêt.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XVIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous aussi nous étions prêts&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant nous n'avons jamais imprimé un tract&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Contre le capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XIX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous étions prêts&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour une chose ou une autre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une chose ou une autre.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne sait pas ce que c'est que cette chose&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais chacun sent qu'elle existe&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'important c'est d'être prêts.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un point ou un autre de l'espace et du temps.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'important c'est d'être prêts.&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-04-28T01:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andrea di Consoli </dc:creator>
		

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		<title>Adresse inconnue</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=910</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton910.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;188&quot; height=&quot;300&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
On lit et relit Kenneth Koch. Question de contenu mais surtout de rythme, on ne peut que relire, un poème après l'autre, ou alors au hasard des pages, combinant, mêlant comme lui les points de vue sur une vie. Kenneth Koch : né en 1925 à Cincinatti, mort le 5 juillet 2002. On le « range » dans l'Ecole dite de New-York, groupe de poètes apparu dans les années 50. Ce qui les réunit ? Une certaine liberté de ton, de vie surtout, qui n'est pas sans lien avec le surréalisme, une certaine façon directe de s'adresser au lecteur et avant tout à soi-même, dans l'étonnement et l'ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une vie est déclinée comme une série apparemment linéaire : de la naissance à la mort (un certain ordre superficiel est respecté : poème des vingt ans au début à celui de la vieillesse vers la fin), mais d'autres séries entrent en jeu, comme dans une polyphonie, bouleversant l'ordre chronologique. L'adresse - le « À » par lequel l'auteur s'adresse à ses destinataires - maintient la cohérence et l'unité, et elle repose toujours sur la question qui devrait précéder toute écriture, mais qui souvent demeure non formulée : à qui écrit-on, ou plutôt, pour reprendre la parole de Koch au bond : à qui j'écris lorsque je débute le poème ? Au père, à la mère, à l'humanité, au Ciel ? Michel Deguy introduit ainsi Changements d'adresses : « La destinée s'esquisse par exhaustion des destinataires. Le destinataire, c'est une chose. Qu'est-ce qu'une chose, demandait le philosophe. Le poème répond, indirectement toujours : pour ce qui est de lui, une chose est une chose de choses, une « grande chose » ». Les mots qui, selon nous, importent ici, contradictoires et pour cela générateurs d'une tension : esquisse et exhaustion. C'est par l'esquisse d'une adresse que le poème, après avoir débuté par la lettre A, continue et se déploie. Il se génère par multiplication des adresses, ne pouvant se fixer sur un destinataire, puisque les envois poétiques (aux dieux, à Dieu, à la patrie, aux hommes, aux autres) sont épuisés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il reste peut-être le « A moi-même », mais qui est-ce moi-même ? Celui de la psychanalyse, qui surgit à une page ? L'absence d'interlocuteurs définitifs caractérise peut-être l'Ecole new-yorkaise, qu'il s'agisse de Frank O'Hara ou de John Ashbery, mais aussi cette capacité à concevoir et déployer le poème comme un acte agissant sur la conscience de celui qui écrit et du lecteur. Proches de Jackson Pollock et de l'Action Painting, contemporains des beatniks à San Francisco et du Black Mountain Group dirigé par Charles Olson en Caroline du Nord, les animateurs de la revue Art News dont faisait partie Kenneth Koch développèrent ce que Serge Fauchereau, dans sa Lecture de la poésie américaine , appelle une « poésie en action », et qui consiste pour une bonne part à multiplier les chocs émotionnels et les états de conscience inédits. La parodie et la dérision sont des armes nécessaires, en ce qu'elles permettent de rompre avec un contexte clos : Koch est ainsi l'auteur de pièces de théâtre d'avant-garde extravagantes, et on retrouve cette veine dans Changements d'adresses lorsqu'un poème intitulé À la marijuana s'achève par ces deux vers : « En tout cas, merci, pour ce truc à jeter, / Coup d'aile d'aigle, loin de mon bec raisonnable ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Peinture explosive, cette poésie qui s'adresse surtout au « soi-même », et semble parfois exprimer une pure intériorité (souvent épuisée et disloquée), s'achève dans l'inconnu de tout destinataire ; inconnu qui peut prendre la forme d'une multiplicité aberrante, comme dans le poème « A diverses personnes à qui l'on parle toutes à la fois », ou bien dans celui intitulé « À la marche à pied, la langue française, la testostérone, la politique, et la durée » où le tu est un objet variable et parfois non-identifiable à force de métamorphoses. Possible aussi que l'on parle à ses morts, à ses disparus, ou bien pire encore : à soi-même disparu ou en train de disparaître. Gaieté et liberté alors de cette écriture qui associe, dans un même mouvement ironique, les souvenirs amoureux aux béances de la guerre. Psychanalyse : « Tu m'avais donné un idéal / De conversation - dont j'étais le seul sujet / Mais incluant presque tout le reste du monde ». La parlotte, le bavardage de la conscience quotidienne ne sont jamais loin. On y échappe peut-être par un acte d'auto-réflexion qui éloigne le sujet de ce qu'il a vécu, et le sauve, libérant son souffle. Le sujet du poème est souvent la respiration, le c&#339;ur « qui a fait les quatre cent coups » (il semble que Koch ait honorablement vécu), le rythme de tout corps qui commande une vie (dans ses mouvements, ses élans et ses possibilités) et l'ordonne. Le sujet de l'adresse est toujours ce corps pour ce qu'il a voulu, découvert et étreint, lieux, êtres, pays, langues. L'ironie consiste à déplacer constamment l'objet de la parole vers ce qui bat et rythme, qu'il s'agisse du souffle, de la passion, de la politique, du piano, de l'âge. Plus l'écriture devient parole - oralité retrouvée pour en finir avec les grandes destinations poétiques (en fait toujours plus ou moins religieuses et/ou politiques) -, plus augmentent la fragilité en même temps - paradoxe - que la vigueur du poème. D'où le trouble ressenti à la lecture : comme si une telle parole, en se traçant dans la multiplicité des adresses qui est destinée, était elle aussi condamnée à s'épuiser. Ce dont elle est consciente, tâchant toutefois de toujours repousser la fin dans un grand éclat de rire.&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-04-24T03:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Margantin</dc:creator>
		

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		<title>De Henri à Chopin, le dernier Pape</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=932</link>
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&lt;div class='spip_doc_titre'&gt;&lt;strong&gt;Henri Chopin par Frédéric Acquaviva et Maria Faustino&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
		<dc:date>2008-04-21T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Frédéric Acquaviva</dc:creator>
		

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		<title>Lettre à Henri Chopin</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=931</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton931.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;512&quot; height=&quot;384&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Mon cher Henri,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Finalement je me décide à t'écrire une dernière lettre, même si, comme toi, je
ne crois pas plus aux âmes qu'à l'au-delà, mais simplement parce qu'à cause de
l'éloignement entre l'Angleterre et la France, nos courriers s'attendaient,
décalés étrangement dans ce monde du temps réel et de l'email (que tu
pensais avoir prochainement enfin, comme fonction nouvelle d'un supermagnétophone
à bandes !) et qui faisaient se réactiver soudainement notre
conversation suspendue.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je t'écris car j'ai tellement la sensation que je vais recevoir une lettre
posthume de toi, chaque fois que je descends à ma boîte aux lettres, en
réponse à mon dernier courrier quelques jours avant que Brigitte, ta fille, ne
me téléphone le 4 janvier dernier pour annoncer cette nouvelle à laquelle je
ne m'attendais absolument pas, malgré tes 85 ans : ton départ la veille au soir,
de ce monde tous les jours un peu plus débile.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'année dernière, je t'ai donc vu 4 fois. Chez toi, en Angleterre, où sur ta
propre proposition que Maria Faustino et moi fassions un film sur toi de
3 h 30 ( !), nous sommes venus te filmer en train de réaliser tes désormais
derniers et très étranges assemblages, que j'ai tout de suite aimés, car
complètement à ton image. Du reste, tu les faisais avec tout ce qui te passait
sous la main, le restant des crevettes (amoureuses ?) du midi, tes clopes, des
collections de microbes divers et autres putréfactions en élevage intensif, qui
associés à la chaleur démentielle de ta pièce m'ont rendu malade alors que toi,
clope après clope, le tout arrosé de vin rouge, tu semblais dans ton élément,
avec cette décontraction et excentricité réelle, cette originalité, ce décalage qui
sont si rares chez les êtres humains et que j'ai reconnu chez toi, comme chez
Isou, ton grand ennemi - qui te le rendait bien - à propos duquel nous avions
des discussions assez animées. Je me rappelle bien que lorsque je t'ai dit que
tu avais la même maladie que lui, tu eus un air véritablement songeur et
perplexe de même que lorsque je t'ai appris son décès, le 28 juillet dernier,
(jour de son mariage avec sa femme, alors que tu es décédé le jour de la mort
de Jean, ta femme), je t'ai expliqué que moi, au-delà des divergences
évidentes et nécessaires pour que s'établissent des propositions valides car
contrastées - je ne crois pas à l'héritage par imitation -, je voyais aussi tout ce
qui vous rapprochait. Cette originalité hors norme, cette radicalité, cet
engagement total, seules &#8220;leçons&#8221; pour l'être autodidacte.
Ces assemblages, bien peu les auront collectionnés. Je t'en ai acheté trois et
les autres collectionneurs furent l'Italien Morgen et bien évidemment ce fou
de toi que j'adore aussi, Francesco Conz. Je me souviens très bien qu'au
dernier Marché de la Poésie, tu avais un assemblage à vendre, à un prix
dérisoire, et dont personne n'a voulu... Il est vrai qu'il me semble avoir
beaucoup de mites chez moi depuis que tes oeuvres ont rejoint leurs petits
frères dactylopoèmes, ainsi que la Spartakiade, ce report photographique
unique et hyper grand, réalisé à partir du drapeau Tchèque en 1966, qui avait
été vendu pour l'équivalent de 15 € en 1998 à Drouot, avant de m'être
revendu par un marchand avec sa commission en 2007.
J'avais pris des photos de ton lit car c'était vraiment incroyable. Tu dormais
avec tes manuscrits carrément dedans et tes draps mêmes d'ailleurs étaient
recyclés dans certaines oeuvres, sous l'oeil bienveillant quoique légèrement
circonspect de ta fille et de son mari Philip, qui &#8220;travaille dans la pomme de
terre&#8221;, m'as-tu dit.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Puis tu es venu à ce fameux Marché de la Poésie sinistre, - en dehors de toi et
de Jean-Luc Parant -, où tu parlais de tes nombreux projets, qui semblaient
improbables pour qui te regardait, frêle dans ta chaise roulante, mais que
finalement tu réalisais un à un, notamment en prenant l'avion tout seul. Bien
sûr, j'ai le souvenir de ce jour de pluie où je suis venu te chercher à l'aéroport
avec ma voiture aléatoire (que tu m'as conseillé de changer, mais je préfère
changer moi-même et garder la même voiture), et qu'elle s'est mise à fumer
sur l'autoroute encombrée, avant que quelqu'un ne te prenne en stop, en
fauteuil roulant, sur ce tronçon... J'ai alors pensé que tu allais m'en vouloir,
mais non, pas du tout. Et puisque tu étais à Paris, j'avais trouvé que c'était
vraiment dommage que tu ne donnes pas de performance et donc j'avais
décidé de produire un évènement à La Guillotine, à Montreuil, où sur le
bouche à oreille, 80 personnes - parmi lesquelles Roberto Altmann et
Eduardo Kac - ont pu assister à ton dernier concert parisien.
Concert magistral, création de Copernic, - où bien sûr il n'y eut aucun
compositeur -, et où tu m'as bien énervé en criant ton sacro-saint &#8220;Regarde
moi !&#8221; au tout début, alors que je te regardais, mais aussi la console et
l'ordinateur par lequel j'avais fait passer tout ce système d'enceintes que
j'essayais de contrôler. Ne t'inquiètes pas à propos du mastering de cette
oeuvre, j'ai tout à fait compris, en écoutant tes enceintes défoncées et super
vibrantes, comment tu aimais que cela sonne...
Puis, en octobre, on s'est retrouvé grâce à Emmanuel Ponsart à Marseille, avec
Maria Faustino et Jacques Donguy pour une performance au cipM qui fut un
réel (cet adjectif que tu employais si souvent) triomphe, comme je n'en ai
jamais vu personnellement dans le monde de la poésie ou de la musique
contemporaine. Il faut dire que c'était exceptionnel, d'ailleurs, à bien réfléchir,
je peux dire que tu as été le seul être sur scène à m'étonner, notamment dans
ces trois derniers concerts, à Montreuil, Marseille et Bruxelles. Puis, pour
Act'oral, en marge du cipM, nous devions, après Pêche de nuit, et un exposé de
Donguy, présenter la version courte de notre film De Henri à Chopin, le dernier
Pape. Ce film se suffisant à lui-même, il nous sembla ridicule de prendre la
parole alors que tu étais vivant (et même si émotionnel en te souvenant de la
mort de ton frère). Et là encore, tu fus associé à Isou dont le cahier du c ipM
suivait le tien (à ce propos, je me demande qui furent les 161 premiers poètes
à pouvoir prétendre passer avant vous deux, no 162 et no 163...).
Mais, de même qu'on ne parle pas de ta disparition dans la presse
(contrairement à Julien Gracq ou à des bouffons de quatrième zone), il faut
bien se mettre dans la tête que tout ce qui comptera en France et dans le
monde demain est encore obscur aujourd'hui. Nul doute pour moi que tu
remplaceras Artaud demain (que tu as plus que poursuivi, mais littéralement
défoncé, cela s'entend du reste...). Je crois que grâce à tes nombreux
déplacements, les jeunes qui auront pu te rencontrer ne seront pas étrangers
à cette reconnaissance évidente que tu mérites et qui t'est scandaleusement
refusée aujourd'hui, comme à Isou, Wolman, Lemaître...
Enfin, deux semaines avant que tu ne passes le microphone à gauche, j'étais
avec toi lors de ta dernière performance à Bruxelles, aux Palais des Beaux-
Arts, à nouveau pour diffuser ce court film. Les techniciens belges à qui tu
expliquais assez sèchement comment installer ton antique magnétophone
s'énervaient contre toi en te demandant, enfin, d'arrêter de fumer, nom de
dieu, à 85 ans, et en plus sur la scène, où, en l'absence de cendrier - comme
on n'y fume pas, pas moyen de trouver un cendrier ! -, tu dispersais toutes tes
cendres, si j'ose dire, pour ce qui allait être ton dernier concert. Dans cette
ambiance houleuse, tu étais sur ton fauteuil roulant sur le devant de la scène,
juste après cette remontrance alors même que l'écran descendait lentement,
reléguant le technicien orthodoxe et proto-colère (pour reprendre l'expression
d'un de tes anciens amis qui eut de la suite dans les idées) à l'arrière-plan, je
t'ai vu jeter ton vieux mégot vers ses pieds sans regarder, d'un geste très
précis, alors même que le rideau l'empêchait de venir t'étrangler. Comme il
restait muet et toi aussi, je me mis à sourire de ton casus belli. Tu t'es mis alors
à rire (titre de l'un de tes recueils) avec moi en m'expliquant que depuis les
camps de la mort, tu avais décidé que plus jamais personne ne t'emmerderait !
Puis les diffusions de films eurent lieu, ainsi que ta performance réellement
exceptionnelle. Seize courtes minutes, après une présentation drôlissime. En
plein milieu, un incident technique, plus de son. Un des techniciens est
descendu, stoïque et arpentant le fond de la scène avec une froideur comique
involontaire et a réappuyé sur le bouton On, puis est reparti de la même
manière, tel un sketch rôdé à la perfection. Tu as poursuivi et c'était fabuleux.
Abstrait et concret, simple et complexe à la fois. Pour une fois, je ne te filmais
plus ni ne diffusais, j'écoutais juste et j'étais vraiment impressionné...
Michel Giroud, Boris Lehman ainsi que ton éditeur et collectionneur Morra
étaient dans la salle. Tu avais amené une dizaine de livres et disques à vendre,
le nombre exact puisqu'à la fin il ne restait plus rien. Après, avec Xavier Garcia
l'organisateur de cette dernière manifestation, nous sommes allés manger dans
un petit restaurant avec Emmanuel Carcano, l'éditeur italien du label Alga
Marghen. Il y avait du bruit, à la fin je ne t'entendais presque plus me parler et
tu étais intarissable. Je me souviens m'être interrogé sur ta pêche (de nuit) qui
te faisait être encore d'attaque après un concert à 85 ans et à 2 h du matin... Je
t'imaginais vivre encore 15 ou 20 ans. Tu as été là encore une fois surprenant,
mais cette fois, je n'ai pas du tout apprécié. Je tenais à te le dire.&lt;/p&gt;</description>
		<dc:date>2008-04-21T03:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Frédéric Acquaviva</dc:creator>
		
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		<item>
		<title>Thibet</title>
		<link>http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=934</link>
		<description>&lt;img src=&quot;http://www.larevuedesressources.org/IMG/arton934.jpg&quot; alt=&quot;&quot; align='right' width=&quot;409&quot; height=&quot;616&quot; style='border-width: 0px;' class='spip_logos' /&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au dompteur éternel des cimes de l'esprit : Frédéric Nietzsche&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;TÖ-BOD&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;I&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des ailes... Non. Le vol plumeux n'a que faire aux sommets des cimes&lt;br /&gt;
Où jeux d'ouragans ne portent pas.&lt;br /&gt;
Ce n'est plus d'un frisson léger que se dompte ici cette rime.&lt;br /&gt;
Mais saccadant le roc sous mon pas,&lt;br /&gt;
A droit de vie à gré de mort, méprisant la plaine marine,&lt;br /&gt;
D'un pied dur j'aborde ta colline,&lt;br /&gt;
Bod, o Tö-bod, o THIBET ! lutrin du monde chantant,&lt;br /&gt;
J'ose en toi ce poème exaltant.&lt;br /&gt;
Qu'il n'aille point « comme l'oiseau qui se nourrit de riz et graines »&lt;br /&gt; - Vautour tordant la broche du vers,&lt;br /&gt;
Ou l'effort redressé des millions de temps d'haleine,&lt;br /&gt;
Bec neuf dans la glace des hivers.&lt;br /&gt;
Et laissant l'homme s'ébaudir au verbe sonnant par sa bouche,&lt;br /&gt;
Noyé sous les flots de la langueur,&lt;br /&gt;
Puissé-je, - moi - scander à coups de reins dans ta grandeur&lt;br /&gt;
Cet hymne mouvant, ce don farouche,&lt;br /&gt;
Tribut d'essor escaladant à Toi des pays le plus haut !&lt;br /&gt; - Mon coeur, qu'il en batte chaque mot.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;II&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors, que mon chant ne suive point en leur trop commune mesure&lt;br /&gt;
Ces vains jeux de mots encadastrés.&lt;br /&gt;
Le rythme qu'il se fasse bond et, crevant la vieille masure,&lt;br /&gt;
Chemine au plus haut des cieux astrés.&lt;br /&gt;
Et quel célébrant célébré, hauteur des vieux lieux liturgiques,&lt;br /&gt;
Prophète en haut-mal de l'avenir,&lt;br /&gt;
Quel récitant discipliné ou conducteur d'élans bachiques,&lt;br /&gt;
Ne s'essoufflerait à ton gravir ?&lt;br /&gt;
Ou bien cet enfermé, - le fou ! - suant son encre à domicile&lt;br /&gt;
Prend peur à ton immense horla.&lt;br /&gt;
N'opposez point la motte au mont : l'Horebe au Tonnant de Sicile.&lt;br /&gt;
L'Olympe petit au Dokerla.&lt;br /&gt;
Mais sur les coupes de tes croupes, par les rimes de tes cimes, les créneaux&lt;br /&gt;
Béants en tes rejets synclinaux,&lt;br /&gt;
Et par les laisses de tes chaînes, par les cadences d'avalanches&lt;br /&gt;
Des troupes de tes séquences blanches,&lt;br /&gt;
Il le faut : que, - magique au monde rare dont tu fais le toit, -&lt;br /&gt;
L'Hymne ne se fonde que sur toi.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;III&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même si je meurs plongeur à la mer saumâtre, mauvaise au goût,&lt;br /&gt;
Ou nageur à plat dessus la plaine,&lt;br /&gt;
Ou de mort tiède étalé dans l'immobile lit trop doux,&lt;br /&gt;
Je n'omettrai point de mon haleine,&lt;br /&gt;
Ardente, - cri de rappel, - le souvenir à voix d'airain&lt;br /&gt;
De ton premier geste souverain.&lt;br /&gt;
Thibet, d'un bond tu m'apparus, - le monde changé, - vierge énorme&lt;br /&gt;
Au delà des monts de mon désir ;&lt;br /&gt;
Epaulant le Ciel-Océan de ton promontoire sans norme,&lt;br /&gt;
Radjah du gigantesque gésir.&lt;br /&gt;
L'espace a durci ; le poids tombe ; l'eau se fait lutte mouvante ;&lt;br /&gt;
Ici, tout dévale de ton haut ;&lt;br /&gt;
Et l'eau et l'espace et le poids et je ne sais quoi d'épouvante,&lt;br /&gt;
Descend, majestique en Tes troupeaux :&lt;br /&gt;
Ces humains ! Ces taureaux enrobés ! Des deux arcs m'encornant, - deux mains m'empoignant,&lt;br /&gt;
Intrus et interdit dès l'orée ;&lt;br /&gt;
Ces géants grenat et grands, faces saintes, démarches délurées,&lt;br /&gt;
Ces bucranes vivants et grognent !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;IV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sois loué, Thibet inhumain, pour ce front masqué de glaciers ;&lt;br /&gt;
(Je n'y vois d'insolites visages...)&lt;br /&gt; - Marmonnants mufles de mes yaks, chanfreins de mes chevaux d'acier, - &lt;br /&gt;
(Je n'y vois d'insolites visages...)&lt;br /&gt;
Pour ton blason sans traits ni teint, pour ta figure d'icoglan&lt;br /&gt;
(Je n'y vois d'insolites visages :&lt;br /&gt;
Je veux dire ici : vision soudaine d'un Être de l'autre clan,&lt;br /&gt;
D'Elles, en leurs magiques mirages !&lt;br /&gt;
Larves douces douloureuses plus que tout remords vicieux&lt;br /&gt;
Je veux dire, ici, ces Paysages&lt;br /&gt;
Vivants : deux sourcils, et un front, des joues amantes, et des yeux&lt;br /&gt;
Si lourds avec ce regard d'orage ;&lt;br /&gt;
Ces puits effrayés de se voir ; et cette source des dieux :&lt;br /&gt;
La bouche avec ses pouvoirs de rage,&lt;br /&gt;
Demi-mouvante demi-mue, et bue ou buvante à son gré,&lt;br /&gt;
Tout l'Être aux horizons de naufrage ;&lt;br /&gt;
Dans la trame du monde vrai si radieuse en ses ravages&lt;br /&gt;
Sans jamais s'y laisser intégrer !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;V&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Terre ! Terre ! Surhaussement du Continent plus que lui-même&lt;br /&gt;
Roi, - se couronnant sur ton pouvoir.&lt;br /&gt;
A travers lui les vassaux vont et viennent, mouvant diadème,&lt;br /&gt;
Portant la rançon de leur savoir. Ceux qui s'élancent sur des pieds à sabots griffus de démons ;&lt;br /&gt;
Les filles qui marchent d'un bond libre ;&lt;br /&gt;
Et ces longs serpents de tes eaux, nés du plus pur jet de tes monts : &lt;br /&gt;
Grands fleuves cherchant leur équilibre !&lt;br /&gt;
A travers gorges et ressauts sautant, roulant, fluant, bavant,&lt;br /&gt;
Ils mènent leur course à l'embouchure,&lt;br /&gt;
La vasque finale dissoute en son déhanché décevant :&lt;br /&gt;
La mer hydropique bavochure ;&lt;br /&gt;
La mer sans monts, la mer sans front, la cuve d'ennui gris de plomb&lt;br /&gt;
Qui danse comme ours en ses marées ; prodige ! la voici par Toi, - à tes pieds grimpante - halée,&lt;br /&gt;
La mer pérégrine à ton aplomb !&lt;br /&gt;
Elle se courbe, elle est en route en son esclavage éphélide&lt;br /&gt;
Vers toi, véhément dans le solide !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par le voyage de la vie en caravane personnelle, &lt;br /&gt;
Exploratrice du temps blanc ; &lt;br /&gt;
Par les étapes et le gîte en cette aventure charnelle ;&lt;br /&gt;
Par les déduits les plus accablants,&lt;br /&gt;
Il y a ces abandonnés jetés aux heures éternelles...&lt;br /&gt;
Instants d'une extase sans remords.&lt;br /&gt; - J'ai vu mieux et de mes yeux vu cinquante grands yaks aux yeux morts,&lt;br /&gt;
Rochers asséchants que l'eau abreuve ;&lt;br /&gt;
Blocs sinistres et fruits du froid saisis dans l'étreinte du sort,&lt;br /&gt;
Cinquante incrustés dedans le Fleuve.&lt;br /&gt;
Ayant voulu le traverser ils furent pris avant le port ;&lt;br /&gt;
Têtes si belles à grand'cornes !&lt;br /&gt;
Cinquante mufles desséchés et pleins de vide et creux de mort...&lt;br /&gt;
Mais plus épouvantable de morne,&lt;br /&gt;
J'ai contemplé de tous mes yeux trop tremblants d'un rude soupçon&lt;br /&gt;
Ce moine gelé, bloc irascible,&lt;br /&gt;
Délaissé là par ses conjoints avant l'agonie impossible :&lt;br /&gt; - J'ai &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vu&lt;/i&gt; l'homme vif pris au glaçon.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel homme eût sculpté cet effort ? Quel être-dieu eût ébauché&lt;br /&gt;
Ce corps innombrable et sans figure ?&lt;br /&gt; - Ils sont là tous, taillant, rôdant et ravalant à leurs carrures&lt;br /&gt;
Le trop-plein du bloc bien retouché.&lt;br /&gt;
Ces bons potiers qui tournent leurs jolis dieux comme des pots,&lt;br /&gt;
Enfants bégayant de leurs mains grises,&lt;br /&gt;
Coulant sans rire un masque en pleurs et sous le galbe d'un suppôt,&lt;br /&gt;
Refaisant toujours la forme apprise ;&lt;br /&gt;
Sots artisans n'osant pas plus que simuler le bon vivant :&lt;br /&gt;
Ils travaillent non pas sur eux-mêmes ;&lt;br /&gt; - Mais toi, Thibet, tu t'es pétri, levé du plus fort de toi-même,&lt;br /&gt;
Héros terrassier et émouvant :&lt;br /&gt;
Non point potier mais poète ; et non artisan mais poème&lt;br /&gt;
Non point du dehors mais du dedans ;&lt;br /&gt;
Dieu statuaire et dieu surgi, ciseau et feu et roc ardent,&lt;br /&gt;
Tu fis ta médaille planétaire&lt;br /&gt;
Ton propre grand oeuvre dressé à ta devise escaladant :&lt;br /&gt;
« Montagnes, sculpture de la terre. »&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;VIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout le village s'est levé, en joie, en proie à l'aventure :&lt;br /&gt;
Ils vont divisant l'espace ami&lt;br /&gt;
La tête haute sur le ciel cillé de leur désinvolture&lt;br /&gt;
Ils marchent - et moi - vers Mont-Omi !&lt;br /&gt;
Ils ont paré leurs beaux habits tués de neuf de l'azalée&lt;br /&gt;
Qui fête la plus grande en-allée.&lt;br /&gt;
Ils fleurent la bête cousue, ils me flairent en bondissant&lt;br /&gt;
Sans voir - je regarde ces passants.&lt;br /&gt;
Lestes et gais et bons parleurs, hommes-rouges, femmes-turquoise&lt;br /&gt;
Leurs jambes, vives reines du bond...&lt;br /&gt;
Leurs pendeloques ondulant dans une mine si courtoise&lt;br /&gt;
Ces airs de souverains vagabonds !&lt;br /&gt; - O Fille si vite envolée ! O pérégrine cuirassée&lt;br /&gt;
Espoir d'une étape harassée !&lt;br /&gt;
Gazelle forte au harnais bleu - ah ! ce n'est ce regard d'élan,&lt;br /&gt;
Ni rut ou même étreinte mystique...&lt;br /&gt;
De grâce ô marcheuse implorée : un coup d'épaule ! A ton élan&lt;br /&gt;
Monter de ce grand pas élastique !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;IX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la rumeur et le brouillard gris, dans la honte encotonnée, terreuse et sordide&lt;br /&gt;
J'invoque ton immense parure&lt;br /&gt;
Pendeloques de beau métal et de pierres faites de toi&lt;br /&gt;
Couvrant le sein de ta pérégrine&lt;br /&gt;
Fille cuirassée d'argent, couronne parée, diadème et manteau bien serti&lt;br /&gt;
Tibet, déesse encabochonnée&lt;br /&gt;
Je te soupèse et je te ris en marchand du Ladak bavant sur sa proie qui reluit,&lt;br /&gt;
Mais plus avarement que lui,&lt;br /&gt;
Je tiens à deux mains mes richesses : tes métaux et tes pierres... tes monts et lacs et roches...&lt;br /&gt;
Que jamais plus désormais&lt;br /&gt;
On ne puisse penser à toi ni prononcer le cri de « Tibet » !&lt;br /&gt;
Sans entendre parmi l'oreille&lt;br /&gt;
L'impitoyable cliquètement de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;cette&lt;/i&gt; parure orfévrée&lt;br /&gt;
La séquelle de mes &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mots&lt;/i&gt; précieux,&lt;br /&gt;
La suite enchâssée de mes pierres, la chute de mes cristaux teintants&lt;br /&gt;
Et que, non épouvanté de mon oeuvre,&lt;br /&gt;
Petit, au bas, mais non pas effacé, ni trop humilié,&lt;br /&gt;
Mon nom comme un coin se redéchiffre !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;X&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fille de la force, fille des monts, maîtresse d'un corps épuisé,&lt;br /&gt;
Fatigue, - voici l'heure enivrée.&lt;br /&gt;
Que le chanteur hindou et noir distille son herbe poivrée,&lt;br /&gt;
Liquide pieux, brûlant, rusé,&lt;br /&gt;
Offert-offrant et poison-dieu et pétillante girandole...&lt;br /&gt; - Je bois la fatigue mon idole.&lt;br /&gt;
Sur un rythme préparateur, j'incante : « O mortier ! o pilon !&lt;br /&gt;
Instruments d'un ivre sacrifice&lt;br /&gt;
Servants en marche balancés dans le quotidien supplice,&lt;br /&gt;
O Genoux, o plantes, o talons !&lt;br /&gt;
Broyez et tirez de ma chair oh ! le seul jus qui l'invigore : &lt;br /&gt;
Sucez mon humaine mandragore :&lt;br /&gt;
Pressez, foulez, et vendangez l'offrande à toi seul Thibet-Roi,&lt;br /&gt;
Bétail assommé tout d'un arroi !&lt;br /&gt;
Troupeau haletant de mes membres ; dévotion inassouvie :&lt;br /&gt;
Ma peau se dégonfle de ma vie...&lt;br /&gt;
Je la consacre et te l'accroche en un trophée, en un seul voeu :&lt;br /&gt;
Seul don de mon être qui se meut.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fatigue qui vient : lente et leste, avec ce beau pas d'éléphant ;&lt;br /&gt;
Dorée au midi ; matrone rousse&lt;br /&gt;
Des soirs ; vierge lourde au matin quand mon rêve se fend&lt;br /&gt;
En deux univers comme une gousse !&lt;br /&gt;
La voici maîtresse incrustée en cet inexorable affront,&lt;br /&gt;
Solitaire, pénétrante et nue ;&lt;br /&gt;
Dans mes cuisses et dans mon coeur et à ma gorge et à mon front&lt;br /&gt;
Jusqu'aux creux des sources inconnues,&lt;br /&gt;
Jusqu'aux replis invisités ; jusqu'en la moelle de mes reins.&lt;br /&gt;
Vampire elle me joui et m'habite.&lt;br /&gt;
Soit-elle abondante et repue, - ô baume en mes vases murrhins.&lt;br /&gt;
Soit-elle hébergée et bénédite&lt;br /&gt;
Jusqu'à défaillir et mourir, pour Celui plus grand qui la suit,&lt;br /&gt;
(Non point le repos, non pas la nuit.&lt;br /&gt;
Moins encor le sommeil toujours le même en sa trop quiétude)&lt;br /&gt;
Mais pour son vainqueur des lassitudes,&lt;br /&gt;
Dieu fier, dieu pur, parèdre mâle et le plus noble des amants&lt;br /&gt;
Fatigue, pour le surpassement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A moi, Thibet, à l'aide ! à moi ! voici l'imprévu et l'obstacle,&lt;br /&gt;
Voici la frontière du fini ;&lt;br /&gt;
Il faut passer. Je dois passer, et malgré toute la débâcle,&lt;br /&gt;
Franchir le Grand-Fleuve d'Infini.&lt;br /&gt;
Je tâte du pied ta falaise et cette faille terrienne ;&lt;br /&gt;
Ce pont, arqué du ciel à l'enfer :&lt;br /&gt;
Est-il balustré de solide ou fait de trame aérienne ?&lt;br /&gt;
Est-ce un tablier chaîné de fer ?&lt;br /&gt;
Est-ce le tronc qui se dérobe ou le gué profond gonflé d'outres,&lt;br /&gt;
Ce bac du Ta-Kiang torrentueux, &lt;br /&gt;
Ou l'envol ailé inventé pour ce gros flux mystérieux&lt;br /&gt;
Que Brahmes dénomment Brahmapoutre.&lt;br /&gt;
Est-ce le glissement léger sur un câble beurré au choc,&lt;br /&gt;
L'essor d'une flèche prisonnière,&lt;br /&gt;
Ou cet engin vertigineux - allant - venant, et pendulaire,&lt;br /&gt;
Battant sa longueur de roc en roc ?&lt;br /&gt;
Si je ne lâche - je m'abîme - au temps voulu, - temps pulsatile,&lt;br /&gt;
En ce long linceul fluviatile.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aimai le seul, j'aimai l'unique, - o pic singulier et morose&lt;br /&gt;
Celui...&lt;br /&gt;
Régnant sur l'air, entouré d'air, égoïste et nu&lt;br /&gt;
J'ai bu,&lt;br /&gt;
Mais non pas à l'égal du monstre-acète encaqué dans sa pierre,&lt;br /&gt;
Muré, mourant là, et pourrissant, dont la main sèche seule sort en quête&lt;br /&gt;
Un homme enseveli en son sang !&lt;br /&gt;
J'aimai l'en-allée haletante et me sentir très erratique,&lt;br /&gt;
Marcheur insolite et surmené,&lt;br /&gt;
Mais non plus à l'égal de lui : ce vagabond érémitique&lt;br /&gt;
Sorcier des hauts pics enbéguinés&lt;br /&gt;
Encontré face à face errant sur la crête d'un col de glace,&lt;br /&gt;
Hagard, armé - nu - de son trident,&lt;br /&gt;
Maquillé d'air, rougi de vent, farouche masque à feu-ardent&lt;br /&gt;
La bouche tremblante de grimace...&lt;br /&gt;
Il se crut tout à coup visé, reflété en moi, - moi en lui :&lt;br /&gt;
Voilà pourquoi tous deux avons fui.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me défends de t'aimer, Bod, en dépit de ce tutoiement :&lt;br /&gt;
L'hymne « &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; j'aime &lt;/i&gt; » est réservé pour Elle.&lt;br /&gt;
Mâle-Thibet tu comprendras ma discrète ardeur en amant :&lt;br /&gt;
Voici : (ce n'est pas une amourelle !)&lt;br /&gt;
Elle est divine au bout du monde et plus diverse que tes monts :&lt;br /&gt;
Elle est extrême, mon démon.&lt;br /&gt;
Et pourtant proche, et si vraiment à portée à moi dans la vie,&lt;br /&gt;
A moi provocante au grand combat.&lt;br /&gt;
Mais cette défensive enclose et sa retraite inassouvie&lt;br /&gt;
Ce mur aux créneaux que mon coeur bat !&lt;br /&gt;
Entre elle et moi entre elle et moi il y a cette rose armure&lt;br /&gt;
La chair non-pareille est malgré nous.&lt;br /&gt;
Défaut des yeux, et boucliers aux points dressés comme parures,&lt;br /&gt;
Défaut qui se baise à deux genoux.&lt;br /&gt; - Je t'ai monté, Pôle du froid ; je t'ai dompté, Pic des montagnes,&lt;br /&gt;
Mais elle où la vaincre et la gravir ?&lt;br /&gt;
La voici nue et blanche et haute afin de mieux me rassouvir&lt;br /&gt;
D'Elle - ma multiple compagne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les terrains les plus abstrus sous les minéraux les plus aigres,&lt;br /&gt;
Au plus sourd des mondes anciens,&lt;br /&gt;
Par les marais et les magmas dormant sur les gisements maigres,&lt;br /&gt;
Aux coeurs des plus durs géomanciens,&lt;br /&gt; - J'ai vu ces jets, ces jeux brillants, coulés de fonte d'un or rare,&lt;br /&gt;
Percé les grossiers soubassements.&lt;br /&gt;
Toi-même THIBET, rocher pur, est pénétré de ces carrares,&lt;br /&gt;
Toi-même es veiné comme un amant.&lt;br /&gt; - Je suis doué de trop de vue et perçant ta solide armure,&lt;br /&gt;
Je vois le filon non minéral :&lt;br /&gt;
Sous tes glaciers étoilés d'air, et sous tes pics en endentures,&lt;br /&gt;
Voici cet éclat non sidéral :&lt;br /&gt;
L'Autre élément qui n'est de feu, ni de bois ou fer, ni de terre,&lt;br /&gt;
Ni d'eau, - ni même de lumière :&lt;br /&gt;
L'Autre Être toute de mon sang, la même en sa métamorphose,&lt;br /&gt;
La Seule, qui pose un halte-là !&lt;br /&gt;
Ma concubine dans l'esprit et ma complice dans la chose :&lt;br /&gt;
THIBET, par beauté, exalte-la !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XVI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Me recueillir en ma coupe de monts : baigner dans ma seule piscine&lt;br /&gt;
Couler en moi-même comme un Lac.&lt;br /&gt;
Me ruisselant de haut en bas fleuve sans flux et sans racine&lt;br /&gt;
Creuser mon vivier à coups de lacs ;&lt;br /&gt;
Sans cesse rebu et revu, avec mes vasques alevines&lt;br /&gt;
Mes jeunes poissons aux goûts rieurs ;&lt;br /&gt;
Mon casque de ciel sur la tête et mon cirque dur que ravinent&lt;br /&gt;
Les jeux des seuls vents intérieurs...&lt;br /&gt; - Mais mieux encore : à ton exemple ô Thibet riche d'aventures,&lt;br /&gt;
Puissé-je imiter ton Yam-dok-tsö !&lt;br /&gt;
Lac double - Lac ! - deux fois serti dans sa liquide investiture&lt;br /&gt;
Distillant sur lui sa seconde eau.&lt;br /&gt;
Puissé-je aussi par hyperbole et séquence en marche au poème troisième&lt;br /&gt;
Reporté de niveau en niveau&lt;br /&gt;
Atteindre haut et de crue en barème,&lt;br /&gt;
Être, - à la puissance neuvième&lt;br /&gt;
Et jusqu'au centuple, au nombre croissant, sans déni,&lt;br /&gt;
Et ainsi de suite à l'infini ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XVII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas seulement l'horreur et le vertige de puissance&lt;br /&gt;
Que détient ton monde Thibétain...&lt;br /&gt;
Ni cette austère et superbe affrontée, ni ce rugissement d'insolence&lt;br /&gt;
Que porte tes fronts éléphantins,&lt;br /&gt;
Pays rebelle et âpre lieu, - mais voici que ta vallée haute&lt;br /&gt;
Enclose, o désespérante si loin.&lt;br /&gt;
C'est la prairie inattendue, c'est l'auberge claire, don et joie de l'hôte&lt;br /&gt;
C'est le chant des fleurs...&lt;br /&gt;
Voici le vallon que je sais, - Prairie enclose ! Prairie haute,&lt;br /&gt;
O calme et fleuri, O doux Thibet !&lt;br /&gt;
Tu as des vallons que je sais à peine penchés vers la terre&lt;br /&gt;
Des champs immobiles m'attendant...&lt;br /&gt;
Des mousses douces, et terrains mous où poussent et tremblent les airelles&lt;br /&gt;
Toute une forêt floréale&lt;br /&gt;
Une retraite, un rêve haut : un reliquaire aux joies encloses&lt;br /&gt;
Vallon des vallées impériales&lt;br /&gt;
Cependant que de branche à branche noir comme les guirlandes des années&lt;br /&gt;
Volent longissimes les usnées.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;
XVIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils se rapprochent... Ils s'en vont. Ils s'en viennent... Et disparaissent...&lt;br /&gt;
Marcheurs achalandés par un mot...&lt;br /&gt;
Ce troupeau fait pour faire route, ces marchands sans peur ni paresse&lt;br /&gt;
S'en vont d'un seul pas vers Bhamo.&lt;br /&gt;
Cloches sonnant et bêtes mourant... Ils s'en viennent et disparaissent...&lt;br /&gt;
Bruits d'ombres et paumes de chameaux.&lt;br /&gt; - C'est tout, c'est ainsi. Me voici au bord de l'espace à la fleur reclose&lt;br /&gt;
Comme un mendiant de l'infini.&lt;br /&gt;
Ne bougeant pas, - ne mourant pas - mais tout implorant l'hymne close&lt;br /&gt;
Passant du voyage non défini...&lt;br /&gt;
Couché, vautré, dormant, rêvant : qui don se promène et démène&lt;br /&gt;
Là, Là ! perçant la tente ou le mur :&lt;br /&gt;
Non seulement autour de moi, mais en moi seul, en mon domaine...&lt;br /&gt;
Passe la Grande Caravane&lt;br /&gt;
Qui ne monte pas, ne descend, mais d'âge en âge souverain&lt;br /&gt;
Glisse et dévale la moraine&lt;br /&gt;
Sans fond de cet effroyable glacier vertical et chutant&lt;br /&gt;
Du Temps.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;
XIX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Même là-haut, même ici-haut, je cherche éperdu l'Autre, l'Autre :&lt;br /&gt;
La reine du royaume d'ailleurs.&lt;br /&gt;
Dans cette course échevelée, dans ce paradis sans apôtre&lt;br /&gt;
Le jeu du divers aux yeux railleurs.&lt;br /&gt;
Que serait-elle ici pour toi ? ton climat et tes âpres fruits&lt;br /&gt;
Saurait-elle mordre à belle bouche ?&lt;br /&gt;
Que dirait-elle devant toi, dans ce haut règne de l'esprit...&lt;br /&gt;
Se taire et s'incliner sur la couche ?&lt;br /&gt;
Je ne dis point l'aborigène au pelage doux sur la peau&lt;br /&gt;
Mais l'autre, la mienne et fraternelle&lt;br /&gt;
La blême, blanche, équivoque et si pareille en ses appeaux&lt;br /&gt;
Parèdre d'une vertu maternelle&lt;br /&gt;
La soeur de sang, du même sang, de même vertu amoureuse...&lt;br /&gt;
O soeur dans la fête incestueuse&lt;br /&gt;
Que dirait-elle dans ton sein ? Saurait-elle, harmonieuse,&lt;br /&gt;
Se taire, et, Là-bas, vivre et jouir ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En vain ! en vain ! et j'en suis là : seul et Toi devant ton spectacle,&lt;br /&gt;
Ce lieu fixé dru par le regard.&lt;br /&gt;
Pour t'enlacer ainsi, Thibet, au plus haut de tes simulacres,&lt;br /&gt;
(Blanc, nu, dominé d'un oeil hagard)&lt;br /&gt;
J'ai fendu deux lunes durant, et tant de soleils de jours et d'aurores,&lt;br /&gt;
L'espace fluant sans riverains.&lt;br /&gt;
J'ai fait plus de bonds et de chants d'amours et mort en métaphores,&lt;br /&gt;
Qu'il n'est permis au jeu de mes reins !&lt;br /&gt; - Et voici : le moment est haut et je la tiens pour bien acquise,&lt;br /&gt;
Amoureuse à pleurer de plaisir.&lt;br /&gt;
Je suis le possesseur humain d'un dieu-fait-Eve la conquise,&lt;br /&gt;
Dieu-vierge incarné à mon désir.&lt;br /&gt;
Que l'heure soit. Vienne l'instant. Tombe la cime d'allégresse,&lt;br /&gt;
Et crève le cri de profondeur.&lt;br /&gt;
Un autre monde thibétain jaillit du volcan de caresse&lt;br /&gt;
Et règne au sommet des impudeurs.&lt;br /&gt; - En vain. En vain. Et j'en suis las. Seul et MOI,&lt;br /&gt;
Moi penché sur elle :&lt;br /&gt;
Elle, appareillant sa caravelle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Où est le sol, où est le site, où est le lieu, - le milieu,&lt;br /&gt;
Où est le pays promis à l'homme ?&lt;br /&gt;
Le voyageur voyage et va... Le voyant le tient sous ses yeux&lt;br /&gt;
Où est l'innommé que l'on dénomme :&lt;br /&gt;
Nepemakö dans le Poyoul et Padma Skod, Knas-Padma-Bskor&lt;br /&gt;
Aux rudes syllabes agrégées !&lt;br /&gt;
Dites, dites, moine errant, moine furieux, - encor :&lt;br /&gt;
Où est l'Asiatide émergée ?&lt;br /&gt;
J'ai trop de fois cinglé, doublé les contours du monde inondé&lt;br /&gt;
Où coeur ni oiseau ni pas ne pose.&lt;br /&gt;
Où est le fond ? Où est le mont amoncelé d'apothéose,&lt;br /&gt;
Où vit cet amour inabordé ?&lt;br /&gt;
A quel accueil le pressentir, - à quel écueil le reconnaître ?&lt;br /&gt;
Où trône le dieu toujours à naître ?&lt;br /&gt;
Est-ce en toi-même ou plus que toi, Pôle-Thibet, Empereur-Un ?&lt;br /&gt;
Où brûle l'Enfer promis à l'Être ?&lt;br /&gt;
Le lieu de gloire et de savoir, le lieu d'aimer et de connaître,&lt;br /&gt; - Où gît mon royaume Terrien ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;LHA-SSA&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Thibet ! si tu avais une âme, - une âme sombre et lamaïque,&lt;br /&gt;
L'esprit caverneux régnant en toi !&lt;br /&gt;
(L'esprit qui vague et se débat, esprit femelle et symbolique,&lt;br /&gt;
Cette âme...&lt;br /&gt;
Priante et chaude à toits d'or pur suant son soleil métallique&lt;br /&gt;
Ou bien tout enfumée en ferveur&lt;br /&gt;
Nombreuse, tiède, et renfermée, et toute fragrance mystique&lt;br /&gt;
Si tu connaissais la...&lt;br /&gt;
Sonore, et chantante à voix d'os de mort embouqué à ces lèvres,&lt;br /&gt;
O souffle tubaire,&lt;br /&gt;
Si tu daignais te contempler en refuge qui se grève...&lt;br /&gt;
Cette âme, s'incarnant en quelqu'un, ...&lt;br /&gt; - Fais que sans rime ni répons, dans le tumulte de la vie&lt;br /&gt;
L'homme attentif qui dit ceci,&lt;br /&gt;
Par hypothèse et par jeu, par la séquence...&lt;br /&gt;
Mon âme se fasse Thibétaine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Me revêtir de ton architecture ; devenir l'un de tes vaisseaux...&lt;br /&gt;
(Jadis j'habitai des cathédrales,&lt;br /&gt;
Priant de plaisir ou de pleurs, endossant la voûte en berceau,&lt;br /&gt;
Verrier des lumières abyssales,&lt;br /&gt;
Je me faisais le grand logis recouvrant la foule en ferveur&lt;br /&gt;
J'étais Notre-Dame-des-Rumeurs.)&lt;br /&gt; - Thibet pieux ! médiéval, o jaillissant de la prière,&lt;br /&gt;
Pays qui se renverse en arrière&lt;br /&gt;
Ainsi qu'un regard révulsé ou des sourcils peints à rehaut&lt;br /&gt;
Visage fuyant de bas en haut :&lt;br /&gt;
Encorbellement à rebours ! Embrasure trapézoïde :&lt;br /&gt;
Fenêtre plongeant sur le solide !&lt;br /&gt;
Château bâti pour résister en sa logique inclinaison :&lt;br /&gt;
Seigneur ! Notre-Seigneur-de-Raison !&lt;br /&gt;
Ce n'est plus pilier maçonné, ni pilastre ni mascarade&lt;br /&gt;
Ni coeur appareillé d'oraison :&lt;br /&gt;
Toute la masse qui s'en vient contrebuter à ta façade :&lt;br /&gt;
Un mont, seul, épaule ta maison.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si je n'écrivais ni chantais en mon langage bien françois.&lt;br /&gt;
Blutant le grain d'oïl entre mes lèvres,&lt;br /&gt;
Entre tous les parlers du monde aux mille voix ayant le choix&lt;br /&gt;
Prenant qui va de Paris à Sèvres,&lt;br /&gt; - Je donnerais cent millions de sons élégants et diserts&lt;br /&gt;
Pour goûter ta rude mélodie...&lt;br /&gt;
Pour emprunter ton parler haut, Thibet, tes grandes voix dans le désert.&lt;br /&gt;
Le jet de ta rude épiphanie...&lt;br /&gt;
Tes jeux de mots assonancés : un son ! un saut : mots d'un seul ton...&lt;br /&gt;
Monosyllabes allitérés&lt;br /&gt;
Comme un thé beurré chaud et gras, versé du pot du marmiton&lt;br /&gt;
Coule sous les langues altérées&lt;br /&gt;
Comme un déferlé fleurissant couleur de langues et mantras&lt;br /&gt;
Que ces récitants&lt;br /&gt;
Ces rudes marcheurs au repos, ces escaladeurs au sommet...&lt;br /&gt;
Ces diseurs de plus grande aventure&lt;br /&gt;
Quand le corps se détend avec la langue, et s'en remet&lt;br /&gt;
Aux mots escaladant l'aventure...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je l'ai vu, rougissant, ému, les yeux baissés mieux qu'une fille&lt;br /&gt;
Pendant que je Lui parlais de Lui.&lt;br /&gt;
Nous avions échangé tous deux l'écharpe de gaze-mantille...&lt;br /&gt;
Sous elle son regard avait lui.&lt;br /&gt;
Il était là, l'épaule ambrée et nue sous le grand manteau monastique&lt;br /&gt;
Je fus étonné de son émoi&lt;br /&gt;
Que dire ou faire à ce garçon plus que divin si ascétique&lt;br /&gt;
Ce Bouddha vivant devant moi !&lt;br /&gt;
Il était émouvant de peur, en son visage et ses paroles&lt;br /&gt;
Il n'osait répondre ou m'accueillir&lt;br /&gt;
Car je savais et je sentais la mort sur lui sans paraboles&lt;br /&gt;
La mort, régente de son Mourir !&lt;br /&gt;
Et pourtant c'était bien un Bouddha vivant dans ce monde&lt;br /&gt;
Ici-bas où je me fourvoyais&lt;br /&gt;
Et nous avions parlé en vain des renaissances d'outremonde...&lt;br /&gt;
De ses vies passées, de ses souvenirs ;&lt;br /&gt;
Il avait peur... Il se trouvait perdu si loin...&lt;br /&gt;
Combien de naissances en sa tête !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXVI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nuit de chasse ! Nuit d'épousailles : où voici à moi au déduit&lt;br /&gt;
La vierge antilope ultramontaine.&lt;br /&gt;
Sous l'alcôve immense des pics ; sur l'oreiller du haut pays,&lt;br /&gt;
Je couche une épouse Thibétaine.&lt;br /&gt;
Je la tiens là comme à l'affût : moi, le premier de ses maris,&lt;br /&gt;
Payant le plus honorable prix.&lt;br /&gt;
Je l'ai reçue en un marché des mains de sa mère hideuse ;&lt;br /&gt;
Il me faut l'assurer de la gueuse :&lt;br /&gt; - C'est bien. Tais-toi et n'aie pas peur. Je ne suis pas diable étranger,&lt;br /&gt;
Je t'offre ce qui est dans l'usage&lt;br /&gt;
Entre femme et homme bien nés : nous l'appelons fleur d'oranger,&lt;br /&gt;
Tiens-toi, et fais-lui donc bon visage.&lt;br /&gt;
Cheveux errants, seins émouvants, jupe enfuie au vent mordant&lt;br /&gt;
Prise et domptée comme un essaim&lt;br /&gt;
Centauresse à deux pieds humains, laisse-toi prendre au rythme ardent&lt;br /&gt;
Laisse la déesse gonflée&lt;br /&gt;
Frémir en toi et maintenant que le roc tombe ou l'eau s'élève&lt;br /&gt;
Flambe toute une ville en chaleur !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXVII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je serais de la fête ! la fête solennelle des Terreurs et des Joies !&lt;br /&gt;
Fête à Lhassa : fête du Djokang&lt;br /&gt;
Cathédrale d'or fumeux, cave et caverne ! Je serais si bien ta proie...&lt;br /&gt;
Fête au Djokang et fête au coeur !&lt;br /&gt;
J'ai couru la voie du Doring, j'ai salué le Potala ! J'ai couru là où l'on accourt :&lt;br /&gt;
Fête terrible et jeux de beurre&lt;br /&gt;
Les fleurs sculptées tiède-fondant ! - Les danses de haches coupantes !&lt;br /&gt;
Fête grondant et divins leurres...&lt;br /&gt;
J'en serai ! Je me dissoudrai dans ces chants ! éclate mon cou aux marmonnements graves&lt;br /&gt;
Fête au profond des caveaux sourds !&lt;br /&gt;
Des hommes chantent à voix belles... le bronze éclate et se répand&lt;br /&gt;
Fête coulant par les oreilles&lt;br /&gt;
Le son gigantesque du tube tonnant comme un canon prolongé&lt;br /&gt;
Fête vibrant dans la matière&lt;br /&gt;
Eclate et crève et chante en voix : dans l'immensité des tonnerres...&lt;br /&gt;
Le son perforant dissout les murs&lt;br /&gt;
Le prêtre est gonflé du son chaleureux qui chante et prie&lt;br /&gt;
Je suis pénétré de voix et d'or...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXVIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'accepte l'apologue fou, et de partager la culbute !&lt;br /&gt;
On dit que le chef des Lamas noirs,&lt;br /&gt;
Ayant à vider sa querelle avec un Maître-des-Savoirs,&lt;br /&gt;
On dit qu'il provoqua la dispute :&lt;br /&gt;
Lequel des deux montant plus vite au plus haut du Cang-ri-mo-tcheu...&lt;br /&gt;
(On disait ce mont inaccessible),&lt;br /&gt;
Prouverait par là son pouvoir, gagnerait le plus bel enjeu - &lt;br /&gt; - On dit que le Bouddhiste, impassible,&lt;br /&gt;
Sans invoquer, sans proférer, se tenait coi devant sa foi.&lt;br /&gt;
On dit que son rival en colère,&lt;br /&gt;
Le Pön-bo noir, d'un seul élan, se balançant sur les tonnerres,&lt;br /&gt;
On dit qu'il enjamba le sommet.&lt;br /&gt;
Le premier ravi dans le but... le premier au but... mais :&lt;br /&gt;
On dit qu'aussitôt il s'assommait&lt;br /&gt;
En retombant. Pendant que l'autre sans ciller dédaigneux de toute échelle ou escabelle,&lt;br /&gt;
On dit qu'il fut déclaré vainqueur.&lt;br /&gt;
J'accepte de monter là-haut si dans les Temps aux ris moqueurs&lt;br /&gt;
On dise que ma chute fut belle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXIX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Louange au vin ! Je suis ivre. Le Lama sait boire et chanter avec fruit&lt;br /&gt;
Louange à l'ivresse de l'Esprit !&lt;br /&gt;
Le Lama sait boire, disant que cela fait tourner plus vite le « Om Mani »,&lt;br /&gt;
Le moulin pieux au bout des doigts&lt;br /&gt;
Et qu'au bout l'on voit plus clair, et qu'après tout ces fariboles...&lt;br /&gt; - Je bois à travers le Vin, la Parole.&lt;br /&gt;
Vin des Hauteurs ! Vertige des Mots, Mal infini des montagnes&lt;br /&gt;
Thibet, je me hausse vers l'ardeur&lt;br /&gt;
Louange et gloire aux aliments purs des génies rayonnant et battant les campagnes&lt;br /&gt;
Je suis ivre fou... Je suis démon-&lt;br /&gt;
Dieu Je danse plus haut que le regard sur la crête&lt;br /&gt;
Je suis déradé de tous mes sens&lt;br /&gt;
Viatique exaltant de la pensée, seul besoin de la besace&lt;br /&gt;
De qui monte haut et s'en va loin,&lt;br /&gt;
Ivresses, ivresse et joie : de quelque plante de quel suc qu'on vous délace...&lt;br /&gt;
Tout monte comme élévation&lt;br /&gt;
Vers toi dansant éperdu dans tes cimes, Thibet immobile dans l'air...&lt;br /&gt;
Louange à toutes les ivresses,&lt;br /&gt;
Aux fumées, aux espoirs, aux désirs, aux plus hautes allégresses&lt;br /&gt;
A TOI ! Seul Pays vainqueur des cieux !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si jamais je veux être Lama ?&lt;br /&gt; - (Lama Jaune, Lama Rouge, Lama Rouge ou Jaune ? Lama Jaune) - &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'un et l'autre chapeau se porte bien.&lt;br /&gt;
Ces deux couleurs sont vraiment lamaïques.&lt;br /&gt;
L'une et l'autre détient tous les Biens :&lt;br /&gt;
Soit dans le monde aux esprits diaboliques,&lt;br /&gt;
Ou simplement : des hommes politiques.&lt;br /&gt;
L'une et l'autre, opposées, se prête parfois les pouvoirs&lt;br /&gt;
Toutes les deux dansent, dansent&lt;br /&gt;
Sur le dos des vieux Lamas Noirs.&lt;br /&gt;
Il est bon de sauter en cadence ;&lt;br /&gt;
Plutôt que prier en paix un très quelconque Brahma&lt;br /&gt;
Si jamais je dois être Lama.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lama Jaune, Lama Rouge, Lama Jaune ou bien : Lama Rouge ?
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce rubicond se prétend le plus ancien&lt;br /&gt;
Des deux chapeaux reçus parmi les nôtres.&lt;br /&gt;
C'est un mage ambulant et métaphysicien&lt;br /&gt;
Qui le coiffa, doré de patenôtres.&lt;br /&gt;
En sa séquelle il faut que je me vautre,&lt;br /&gt;
N'espérant guère échapper à Tout-Son-Omni-Savoir :&lt;br /&gt;
Car il prêche, prêche, prêche&lt;br /&gt;
Sur les bords du Mansarovoâr.&lt;br /&gt;
Impossible, - hélas - que j'empêche&lt;br /&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sur&lt;/i&gt; mes lèvres son nom sempiternel « Grand Saint Padma... ! »&lt;br /&gt;
Si jamais je deviens Son Lama !
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rouge ? Non. Jaune ou Rouge ? Revenons au Jaune : Lama Jaune !
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le prébendé, le seul et spirituel.&lt;br /&gt;
C'est en lui que je cherche mes oracles :&lt;br /&gt;
Car c'est de lui que naît le Pape actuel.&lt;br /&gt;
Je verrai donc cet étonnant miracle,&lt;br /&gt; - Rome et Lhassa dans le même spectacle !!! -&lt;br /&gt;
Les véridiques Eglises échangeant leurs avoirs...&lt;br /&gt;
Toutes les deux sonnent, sonnent&lt;br /&gt;
Par les nues aux plus hauts espoirs.&lt;br /&gt;
Inutile ici que j'entonne&lt;br /&gt;
Le même chant au chemin - même chemin - de Damas&lt;br /&gt;
Si jamais je deviens Un Lama.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;« Lama Jaune, Lama Rouge, - Rouge, Jaune... ou Noir ? »
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Me voici pris au piège nécromant.&lt;br /&gt;
Jongleur de tes morts, amant de tes gouges,&lt;br /&gt;
Vampire érudit me réclamant&lt;br /&gt;
Du médecin dans ses pratiques rouges :&lt;br /&gt;
Me fourvoyant aux plus immondes bouges.&lt;br /&gt;
L'un à l'autre, prêtres-attestés, se dénigrent tout avoir&lt;br /&gt;
Mais tous les deux sautent, sautent&lt;br /&gt;
Sur la vie à grand désespoir.&lt;br /&gt;
Il me faut donc partager la ribote,&lt;br /&gt;
Me revêtir d'un très magistral et macabre eczéma&lt;br /&gt;
Si - horreur - Je devenais ce Lama !
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(Lama vert, Lama bleu, Lama gris ou même :)
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Grand Lama revêtu du vernis souverain !&lt;br /&gt;
A l'habit l'on connaît trop bien l'imposture.&lt;br /&gt;
Qu'un autre danse à ces tréteaux forains !&lt;br /&gt;
Que l'homme s'ouvre à toute la nature,&lt;br /&gt;
Exhibant vers là-haut sa flèche impure.&lt;br /&gt;
On n'entre point au DjoKang de mes yeux.&lt;br /&gt;
Que tous les dieux baisent, baisent&lt;br /&gt;
Sur la terre, au plus bas des cieux,&lt;br /&gt;
Qu'ils pénètrent tout à leur grand aise :&lt;br /&gt;
Hormis le secret de mon coeur, ni ce qu'il aima.&lt;br /&gt;
Même si je devenais Lama.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais avant tout ébat de toute secte diaprée&lt;br /&gt;
Menant rut et jeu de ses couleurs,&lt;br /&gt;
Avant qu'un seul homme ait jeté sur des gammes bariolées&lt;br /&gt;
Le chant d'arc-en-ciel de ses douleurs,&lt;br /&gt;
Tu te célébrais, moine pur, dans une ronde plénière,&lt;br /&gt;
Libre de la sonnaille et du gong,&lt;br /&gt;
Ton vent d'autrefois déferlait sans s'effranger aux drapeaux de prières,&lt;br /&gt;
Ta voix se recueillait pour le bond.&lt;br /&gt;
Tes eaux - aujourd'hui emmoulinnées par les oraisons mécaniques&lt;br /&gt;
Tombaient musicales dans l'accord ;&lt;br /&gt;
Ton ciel maintenant baratté par tant de dieux membrus faisant leurs roues liturgiques,&lt;br /&gt;
Planait isotrope en son essor.&lt;br /&gt;
Avant toute église farouche, ou rouge, ou jaune épiphanie,&lt;br /&gt;
Ton nom se faisait sa litanie :&lt;br /&gt;
Excessif, Exaltant, Inhumain, Inhabitable, Masse de Gloire et Palais Accablant,&lt;br /&gt;
Ton nom - le véridique - oserais-je ?&lt;br /&gt;
Tu étais, sans couleur, ton propre Très-haut Lama des Neiges,&lt;br /&gt;
Blanc.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par les Forces visibles et non vues, pour les vallons irrespirés&lt;br /&gt;
Je t'adore Thibet, château du Monde&lt;br /&gt;
Pour tes arts peut-être cachés, et le non-savoir de tes hauts lieus retirés&lt;br /&gt;
Je te nomme et dis mon Outremonde&lt;br /&gt;
Pour tes pouvoirs d'immensité, acculés par le poids de la terre et les poussées&lt;br /&gt;
Je te reconnais Masse de Gloire !&lt;br /&gt;
Pour ce que tu caches encore, par la discrétion sans bouche ni voix de tes mers&lt;br /&gt;
Je te revénère en ton offertoire&lt;br /&gt;
Tu n'es pas le royaume humain, ni ce divin paradis tiède, maître d'effroi&lt;br /&gt;
Je te surmonte et dis Enfer froid !&lt;br /&gt;
Pour la lente vie coulant de tes glaces et ces plis drus tombant de haut&lt;br /&gt;
Je te révère o Souverain dur&lt;br /&gt;
Tu as taillé tes propres dieux en forme de monts et de pics&lt;br /&gt;
Tu es la cime méditerranée&lt;br /&gt;
Assemblant les mots magiciens, courant de la langue Perse à la corne du plateau mandchou&lt;br /&gt;
J'incante et te livre la démonie&lt;br /&gt;
Reçois mon... grand dévouement... dans la formule bizarre de la grande Apostasie&lt;br /&gt;
Je dis : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;matri&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;moutri&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sala&lt;/i&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;djou&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ainsi, Pays des Cimes, Pays des Hauteurs, Pays des Monts,&lt;br /&gt;
Que tes Lamas noirs rouges ou jaunes&lt;br /&gt;
T'ont peuplé de milliers de dieux et d'eux-mêmes,&lt;br /&gt;
T'ont changé en une terre occupée, pénétrée, Par la prière.&lt;br /&gt;
Que les moulins tournent, tournent, tournent,&lt;br /&gt;
Que les drapeaux flottent&lt;br /&gt;
Que les fumées montent, montent, que les mets s'apprêtent, que les lèvres battent, que les Influx du haut se mélangent ! ...&lt;br /&gt;
Je n'ai point voulu m'occuper de ces débats, mais comme un sage, soupesant ta masse en ma paume,&lt;br /&gt;
Te cerclant, t'entourant, ayant réfléchi en hochant sur tes divers Evangiles...&lt;br /&gt;
Avec tes neiges, tes Hauts, tes vallées, ton poids, ton pouvoir spirituel...&lt;br /&gt;
Ton majestueux pouvoir et tes immenses forces potentielles&lt;br /&gt;
Suspendues là-haut, entre Ciel et Plaine, entre l'inaccessible et la Bassesse,&lt;br /&gt;
J'ai voulu, pays de Bod, te chanter en mon ivresse,&lt;br /&gt;
Ainsi que le Château d'eau, le château fort, le château de l'âme exaltée,&lt;br /&gt;
Eternelle, - en son désespoir, - et comme tes cimes, - souveraine.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On dit qu'au milieu du tumulte de ce monde montagneux&lt;br /&gt;
Il y a cette plaine haute, abreuvée&lt;br /&gt;
On dit qu'au milieu de cette plaine, domaine des dieux, terre des esprits montagneux&lt;br /&gt;
Il y a cette ville sacrée&lt;br /&gt;
On dit que tout près de la ville, plus haut et plus important, un monticule géant se lève&lt;br /&gt;
Protégeant la ville de son épaule&lt;br /&gt;
On dit que ce petit mont en entier est devenu un seul château, une seule maison&lt;br /&gt;
Palatiale, une Demeure, la demeure du Réincarné&lt;br /&gt;
On dit que la façade, aux millions de fenêtres barbares, assyriennes, d'Ecbatane ou de lointaine Sumérie&lt;br /&gt;
Se rejette, se dérobe, dans ses couleurs magnifiques&lt;br /&gt;
Blanc, d'un blanc de soleil ; puis en haut, au milieu grenat sourd, grenat rouge framboisé dans l'ombre&lt;br /&gt;
Jusqu'aux toits que l'on dit qui sont d'or,&lt;br /&gt;
D'or métallique, d'or en lingots feuillus, d'or vrai, d'or véridique ! et l'on dit que c'est bien là&lt;br /&gt;
Le Palais unique du Potala&lt;br /&gt;
Et l'on dit que dedans la façade que jamais ne rêverait tel le plus grand et fou rêveur avide&lt;br /&gt;
On dit que le Palais est vide&lt;br /&gt;
Qu'il y a des salles noires, désertes, et des vestibules menant à rien de connu&lt;br /&gt;
Les passages ne menant à rien...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lhâ-sa ! Lhâ-sa ! Terre des Esprits... je te vénère... te fuirai-je&lt;br /&gt;
Lhâsa ! Qui s'en irait à Lhâ-sa ?&lt;br /&gt;
Magique ville qui est là - haut dans son coeur - là dans les neiges !&lt;br /&gt;
Lhâ-sa ! qui est digne de Lhâ-sa ?&lt;br /&gt;
Et c'est le refrain coutumier de ceux qui ne peuvent ni osent&lt;br /&gt;
Lhâ-sa ! Quand irez-vous à Lhâ-sa ?&lt;br /&gt;
De tous les casaniers étreints dans la chambre close et morose&lt;br /&gt;
Lhâ-sa ! Etiez-vous loin de Lhâ-sa ?&lt;br /&gt;
Et dans les bouches Tibétaines, et dans le vent ce refrain mène&lt;br /&gt;
« Lhâ-sa, tout chemin mène à Lhâ-sa&lt;br /&gt;
Et cependant à trente jours, à vingt à dix de bonne haleine&lt;br /&gt;
Lhâ-sa, tout se gonfle vers Lhâ-sa&lt;br /&gt;
Les Drapeaux dressent leurs bosquets ; chaque pierre est jaculatoire&lt;br /&gt;
Lhâ-sa, tes abords sont hauts Lhâ-sa&lt;br /&gt;
L'odeur de ceux qui s'en reviennent est forte et sainte et méritoire&lt;br /&gt;
Lhâ-sa, tes toits sont d'or, ô Lhâ-sa&lt;br /&gt;
Et cependant c'est dit, fini, c'est conclu, chanté et joué, trop loin... trop tard&lt;br /&gt;
Lhâ-sa, je n'irai pas à Lhâ-sa !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXVI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On le dit - mais est-ce bien vrai - le premier de nous d'Occident&lt;br /&gt;
Au vrai lieu des moines et des nonnes ;&lt;br /&gt;
Les analectes citent d'abord son nom de voyageur sans incident :&lt;br /&gt;
Odoric, natif de Pordenone.&lt;br /&gt;
On le dit, que d'un pas vierge et magistral&lt;br /&gt;
Il viola l'antique forteresse,&lt;br /&gt;
Le visage clos, l'oeil muré, joyau dur à saisir mieux qu'imprenable enchanteresse,&lt;br /&gt;
Magique cité du pur astral :&lt;br /&gt;
Lhâ-sa, Terre des Esprits ! est-ce vrai qu'il y a six cents ans de nos années&lt;br /&gt;
Cet homme te prit et t'habita ?&lt;br /&gt;
Dans son récit que trouve-t-on ? « Là - dit-il, la rue est bien pavée et les femmes bien ornées&lt;br /&gt;
La ville se dénomme Gota » !...&lt;br /&gt;
Et rien de plus... rien de géant pas de surgie monstrueuse ou torride&lt;br /&gt;
Pas d'étonnement d'un pas valide&lt;br /&gt;
Devant le plus grand effort de la terre Asiatide&lt;br /&gt;
Toi, le véhément dans le Solide !&lt;br /&gt;
Qu'importe alors si d'un corps aveugle il atteignit sans le savoir&lt;br /&gt;
Il vint ; il s'en fut... et n'a rien vu !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXVII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il va, le fervent, Jésuite-errant, hâbleur peut-être et Portugais&lt;br /&gt;
Ce prêtre-envoyé dont le bagage&lt;br /&gt;
Fouillé par le dur gabelier de ton seuil abrupt aux aguets,&lt;br /&gt;
Tenait, préparés en humble gage :&lt;br /&gt;
« Deux mouchoirs et pierre d'autel ; quelques cilices et un fouet »&lt;br /&gt;
Des prières non pas mercantiles ;&lt;br /&gt;
Ce qu'il faudra distribuer : les agnus, les naïfs et pieux jouets&lt;br /&gt;
Que l'on appelle des « béatilles »,&lt;br /&gt; - Le voici, tel ardent et rampant à t'aborder&lt;br /&gt;
Que, de tout son long parmi la neige&lt;br /&gt;
Nageur radieux et rageur, pèlerin au but emporté,&lt;br /&gt;
Battant sa grand'coulpe dans ta neige,&lt;br /&gt;
Il se pousse ! Il est tout proche ! Il touche au but... on ne sait où.&lt;br /&gt;
Près d'un « Roy », le seul des innombrables,&lt;br /&gt;
Naïvement il offre ses dons et sa foy : il obtient tout :&lt;br /&gt;
Mais dessus les choses admirables :&lt;br /&gt;
Louange à sa propre vertu ; décret païen de sainteté,&lt;br /&gt;
Promesse très grande d'une Eglise !&lt;br /&gt; - Que son nom soit devant les autres en cette Marche exaltée :&lt;br /&gt;
Antonio de Andrada de Lise.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXVIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ils étaient deux, - Huc et Gabet - qui s'en allaient à l'aventure,&lt;br /&gt;
En vrais conquérants du Toit mongol.&lt;br /&gt;
Ils cheminaient timidement et pourvoyaient à leur pâture.&lt;br /&gt;
Cueillant, pour le feu, la fiente-argol.&lt;br /&gt;
Ils étaient deux bons voyageurs qui s'accrochaient aux caravanes&lt;br /&gt;
La lampe d'amour aux coeurs brillait.&lt;br /&gt;
Ils enfourchaient selon le vent chamelles blanches ou vieux ânes,&lt;br /&gt;
L'un deux écrivant ... l'autre priait.&lt;br /&gt;
Ils étaient deux missionnaires qu'on traitait au long des routes :&lt;br /&gt;
« Lamas du Bon génie Jéhovah ».&lt;br /&gt;
Ils s'hébergeaient et se bernaient par tes étables et tes doutes,&lt;br /&gt;
Donnant ton Mystère au diable-vat !&lt;br /&gt;
Ils étaient deux errants allant à la maîtrise misérable&lt;br /&gt;
Au nom d'un seul dieu, - le Vrai, le Leur ! - &lt;br /&gt;
Des milliards d'Eons régnant par tes cieux incommensurables&lt;br /&gt;
Ils furent surpris de leur malheur !&lt;br /&gt;
Ils étaient deux petits enfants qui s'en allaient à ta conquête...&lt;br /&gt;
Tes Puissances riaient sur leurs têtes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XXXIX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il partit en marin navigateur de tes houles,&lt;br /&gt;
Thibet, Océan durci dans l'air...&lt;br /&gt;
En vieux conquérant africain vers l'Asiatique Bodhyoule...&lt;br /&gt;
Il fut holocauste de tes mers&lt;br /&gt;
Dutreuil de Rhins ! damné à mort dès ta première abordée&lt;br /&gt;
Dès son premier pas envers tes ports.&lt;br /&gt;
Tu faisais un rude et mauvais temps sur l'échine de ses montures&lt;br /&gt;
Pleuvant, gémissant, voyant sa mort...&lt;br /&gt;
Car les avatars courageux, et les plus hardies arabesques&lt;br /&gt;
De vie, et les plus chevaleresques,&lt;br /&gt;
Sont dès ton abord marqués et jugés, - Thibet-Maître, sois mon témoin, - &lt;br /&gt;
Du signe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plus&lt;/i&gt; ou du signe &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moins&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Dutreuil perdit au jeu pour le but, mais gagna cette heure sereine&lt;br /&gt;
L'instant où l'on s'appartient ...&lt;br /&gt;
Et mourut un matin d'une balle ronde dans l'aine&lt;br /&gt;
Chantant, car alors tu ne pleuvais plus&lt;br /&gt;
« Beau temps pour partir en ce matin, beau temps ... » et il meurt&lt;br /&gt;
Beau ciel pour son étape dernière !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XL&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le lent, le grand, le brun et doux Jacques Bacot&lt;br /&gt;
S'en va de son pas toujours le même ...&lt;br /&gt;
S'arrête ici, habite là ... trafique d'actes amicaux&lt;br /&gt;
Pour ses agnats du Pays Suprême ...&lt;br /&gt;
Celui de tes hôtes, pays de Bod, le plus natif, le vrai Bod-Pa ! &lt;br /&gt;
En queste ardemment vers l'en-Allée&lt;br /&gt;
Promise, dont marchands et soldats ont rancoeur&lt;br /&gt;
Mais que les tenants de la Vallée&lt;br /&gt;
Conquise appellent comme lui de tous les bonds de leur coeur :&lt;br /&gt;
En marche au Pays Autre à connaître&lt;br /&gt;
L'oasis au milieu du tumulte ; la terre tiède et nourricière&lt;br /&gt;
Au sein de l'horreur et du blanc,&lt;br /&gt;
Le pays noir de mystères, effroi des nomades qui l'enserrent,&lt;br /&gt;
Port neuf sans routier ni portulan.&lt;br /&gt;
Que le Voyageur soit loué pour avoir erré vers lui sans l'atteindre,&lt;br /&gt;
Laissant ce mystère plus grand : &lt;br /&gt;
Il revient avec le regard au-delà, ce regard ...&lt;br /&gt;
Il prend possession de son domaine :&lt;br /&gt;
Ce qu'il a conquis et écrit d'un verbe seul en sa marche hautaine :&lt;br /&gt;
Le Thibet révolté : toutes les Marches Thibétaines.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rapide, exaltant, exalté, te saisissant comme un rapace,&lt;br /&gt; - Toussaint de Bretagne et du Litang !&lt;br /&gt;
Les yeux là-bas, la barbe au vent, grand dépeceur de ton espace&lt;br /&gt;
De ses bras si chaleureux battant.&lt;br /&gt;
De sa voix grande escaladeuse hennissant de toi dans un rire,&lt;br /&gt;
De toi si féru et si fervent&lt;br /&gt;
Qu'il réassaille et reconquiert au prix du sang comme vampire&lt;br /&gt;
A pas redoublés d'ore en avant.&lt;br /&gt;
Depuis le Ladak jusqu'à (...), de Himis du Kashgar à Ourga de Mongolie,&lt;br /&gt;
Il va d'une très sainte folie.&lt;br /&gt;
Il dort en chaise, il lit en char, il s'abreuve et dîne en esprit&lt;br /&gt;
Réharnachant son cheval de rêve.&lt;br /&gt;
Il assaille la grosse Chine au U U - bien appris ...&lt;br /&gt;
Labourant vers toi sillons sans trêve.&lt;br /&gt;
Pour t'arracher en un moment le secret des miracles&lt;br /&gt; - Je l'ai vu moi-même, presque nu -&lt;br /&gt;
S'en revenir auprès de nous ayant accompli son oracle :&lt;br /&gt;
Portant le manuscrit inconnu.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le texte nouveau que voici - le Livre long, volumineux,&lt;br /&gt;
Pesant comme un rêve d'avalanches.&lt;br /&gt;
Sous le bois pénétré de rouge et ramagé de jaune vieux&lt;br /&gt;
Happant la pensée entre deux planches&lt;br /&gt;
Comme un toit couvre son palais et se courbe sous la pluie d'air&lt;br /&gt;
Ses lettres frontées de l'inflexible&lt;br /&gt;
Trait, - (ce dur sourcil - écrit d'argent sur un noir clair,)&lt;br /&gt;
Celles sur qu'il l'on débagoule&lt;br /&gt;
Dont on ne sait s'il s'agit de déesse ou matrone ou goule...
&lt;br /&gt;
Et vient le Titre en langue humaine et parlée d'autrefois&lt;br /&gt;
Perdue aujourd'hui, d'Oddiana&lt;br /&gt;
« Noble Livre, - lit-on par la suite - des Primes Vies de Délivrance,&lt;br /&gt;
Padma Sambhava, d'Oddiana.&lt;br /&gt;
Et le livre lisant, sont les plus merveilleuses séquences&lt;br /&gt;
Promises à qui jusqu'au bout le marmonne.&lt;br /&gt;
Et le Livre étant lu, se conclut son Colophon mystique&lt;br /&gt;
Où l'on voit que c'est la version liturgique&lt;br /&gt;
En traits d'argent sur fond de noir, la traduction même « sans un seul mot qui ne soit pur », et magique,&lt;br /&gt;
D'un livre - perdu - « à feuillets d'or ».&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Suit : la séquence en son Neuvain ; puisse le Poète répondre :&lt;br /&gt;
« A l'Esprit futur diffusé là ! »&lt;br /&gt;
Plus mont que le Mérou des dieux ; plus palais que le Potala,&lt;br /&gt;
Voici le chant qui ne se peut confondre&lt;br /&gt;
« Apparu dans l'échiquier du sol d'or il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal du carré des champs terrestres&lt;br /&gt;
Flambant du feu personnel de l'arc-en-ciel savoir de la science, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal des lanternes allumées&lt;br /&gt;
Fleurant l'encens tout à fait pur, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal des fientes et des fumées&lt;br /&gt;
Rayonnant dans les astres clairs de la science de l'espace, il chercha, et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal du soleil et de la lune...&lt;br /&gt;
Plongeur au ciel vide et nu, par au delà des ailleurs inconnus, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal du ciel de notre apparence&lt;br /&gt;
Enivré par la boisson de l'extase qui soutient, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal de la soif proprement dite&lt;br /&gt;
Ayant mangé dans la chair ardente au penser ( ?) magnifique, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal de la faim proprement dite&lt;br /&gt;
Vivant à la vie adamantine de félicité, il chercha et ne trouva pas le nom&lt;br /&gt;
Banal du déclin de ceux qui vieillissent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLIV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Moi-même enfin, me voici là, pèlerin lassé vers Lha-sa&lt;br /&gt;
Moi-même avec tout mon désir de connaître&lt;br /&gt;
Avec mes mains et mes genoux, avec mon coeur faibli d'horreur et de lacis et d'impostures...&lt;br /&gt;
Je viens, dernier et non point d'aventure...&lt;br /&gt;
Je t'ai reconnu, Thibet-roi, - je t'ai dédié en métaphore&lt;br /&gt;
Le vin de la plus magique amphore&lt;br /&gt;
Moi-même suis là, gravitant, gravissant, escaladant,&lt;br /&gt;
Je t'offre, Thibet, mes pas errants.&lt;br /&gt;
Non point au hasard, non point en amour de toi-même,&lt;br /&gt;
Mais - seul, du cortège pénétrant...&lt;br /&gt;
Non point destiné à ton coeur de glaciers et de beurre et de figures. -&lt;br /&gt;
Moi seul en route vers le Divers.&lt;br /&gt;
Vers toi-même haut, - vers le plus étrange et le plus inaccessible...&lt;br /&gt;
Vers Elle que je n'atteindrai pas.&lt;br /&gt;
Mes pas envers toi marquent les pas, sur ses flancs inflexibles&lt;br /&gt;
Gloire et amour à celle qui n'est pas.&lt;br /&gt;
Je pérégrine et suis en quête à travers toi de la conquête&lt;br /&gt;
De l'Autre, de l'autre au regard-dieu.&lt;br /&gt;
C'est ainsi que symbolisant mon effort et joie de requête&lt;br /&gt;
Je puis, décemment, me nommer en ce lieu.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLV&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les vrais dévots à ta gloire massive ; les vrais pèlerins de ton poids,&lt;br /&gt; - Carabes à triples pattes maigres, -&lt;br /&gt;
Ce sont tes porteurs élevant des poids plus pesants que leur poids,&lt;br /&gt;
Soufflant, piétinant parmi les aigres&lt;br /&gt;
Granits ou par les silex éclatés dans les déjets de tes torrents ...&lt;br /&gt;
Ils t'offrent, Thibet, leurs faix errants.&lt;br /&gt;
Parfois arrêtés, suspendus, - non pas épuisés - ils s'adossent&lt;br /&gt;
Au court bâton qui les surhausse.&lt;br /&gt;
Ils te mènent obscurément leur patience sur une bosse&lt;br /&gt;
Hissant leur offrande bien pesée.&lt;br /&gt;
Soit le chaudron de fer fondu - scarabée sombre - capuchon noir&lt;br /&gt;
Ils enlèvent par trois à la fois&lt;br /&gt;
Ou bien le thé pressé en briques dont chaque ballot est de vingt livres,&lt;br /&gt;
Et l'on compte quatorze ballots sur leur dos !&lt;br /&gt;
Ce sont des chinois étrangers. Faut-il les suivre dans le geste ?&lt;br /&gt;
Imiter cette démarche preste ?&lt;br /&gt;
N'osant me prendre au fardeau d'homme j'ai tâté celui d'un enfant&lt;br /&gt;
Et, tôt, basculé face en avant !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLVI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais par-devant tout voyageur, tout être porté sur deux pieds ;&lt;br /&gt;
Muni d'un visage et de parole, &lt;br /&gt;
Par les dialogues craquants de ton promenoir des glaciers&lt;br /&gt;
Montait l'instinctive parabole.&lt;br /&gt;
Ce n'est pas lui-qui-voit-en-face qui premier vit de son oeil&lt;br /&gt;
Ton jet plus ardu que son orgueil.&lt;br /&gt;
Un museau d'antilope ou d'âne ou bouche vierge d'hémione&lt;br /&gt;
Ou l'ours inconnu au bagout clair,&lt;br /&gt;
Très authentiques pèlerins mieux que le Saint de Pordenone,&lt;br /&gt;
Jetèrent le son tissu de chair.&lt;br /&gt;
Avant tout homme même blanc, - avant tout Lama même noir, - &lt;br /&gt;
Un cerf altéré s'en fut en quête&lt;br /&gt;
A Lhâ-sa qui, lors, n'était point, - et ne vit rien, - et la route était faite,&lt;br /&gt;
Par lui bête assoiffée au mouroir.&lt;br /&gt;
O Thibet neuf ! Tes hôtes purs et les plus vifs de tes amants&lt;br /&gt;
Furent les meneurs de grand' hardes ;&lt;br /&gt;
Les bons sentiers d'hommes en toi suivent les pas de ces bêtes hagardes&lt;br /&gt;
Qui s'en allaient boire en te bramant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLVII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais plus subtil qu'Hommes et Bêtes, le Sage possède et il tient « Dans la majesté de l'Esprit libre »,&lt;br /&gt;
Ce que reins et cuisses alternés&lt;br /&gt;
Plantes souples et pattes dures conquirent par la vertu d'Equilibre ...&lt;br /&gt;
Celui dont les Désirs sont bien nés,&lt;br /&gt;
Qui dans son coeur monte et ... dans la chaleur du glacier qui s'agrège,&lt;br /&gt;
Se hausse en ton Royaume des Neiges.&lt;br /&gt;
Neige mystique : Himachal ! dédaignant tout autre&lt;br /&gt;
Je pense, je crois en &lt;br /&gt;
Ce grand mois culminant, Nivôse aux jours séculaires&lt;br /&gt;
A ton règne enfin qui me viendra&lt;br /&gt;
De tes Neiges, - à ce rêve doux dans tes Neiges,&lt;br /&gt;
Sommeil se réveillant dans ta mort.&lt;br /&gt;
Quel ultime émigrant de nous, voyageurs à sang rouge et peau beige&lt;br /&gt;
Ose, premier, gagner ton port ?&lt;br /&gt;
Qui donc s'en ira, singulier, se roulant dans ton linceul d'investiture&lt;br /&gt;
Délibérément mourir en Bodh ?&lt;br /&gt;
Que par-dessus tout découvreur, tout passant leste à l'aventure&lt;br /&gt;
Lui ! qu'il soit nommé &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;le Saint de Bodh !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;PO-YOUL&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLVIII&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et c'est ainsi, Thibet nombreux que se rythment et se dénombrent tes apothéoses ...&lt;br /&gt;
Comme des cloches, tes grands noms battent ... Comme des marques dans le temps ...&lt;br /&gt;
J'entends les fantômes de To-Bod, Haut Thibet, le mont inaccessible ; celui vers lequel on se hausse et qui vous porte et vous grandit ...&lt;br /&gt;
To-Bod, et Lha-Ssa, Lha-Ssa, la ville où l'on n'arrivait pas, où l'on arrive ...&lt;br /&gt;
Le nom du lieu et le château, la terre et sa ville maîtresse,&lt;br /&gt;
Lhassa, maintenant qui dépassera ? -&lt;br /&gt;
Les hommes liges et les bêtes, les dieux fourmillants rayonnants, tous les êtres et créatures ...&lt;br /&gt;
Les Hommes ont nommé le nom de Bod.&lt;br /&gt;
Et Lha-Ssa, terre des esprits, - voici le lieu des créatures, Les hommes nommant, l'Esprit vaguant ...&lt;br /&gt;
Et bêtes, dieux et dieux et hommes tous ensemble ont fait ces domaines - ces deux chants d'un seul livre inhumain. Moines régnant et habitant, voyageurs montant à la peine ... - Tous ont atteint au moins la mort ... au moins le linceul dans la neige ...&lt;br /&gt; - Mais plus lointaine que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bod&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ssa&lt;/i&gt;, plus hautaine que l'espoir des Bod-Pa ...&lt;br /&gt;
Règne la contrée Thibétaine... - Celle qu'en marche on n'atteint pas, celle qui ...&lt;br /&gt;
Poyoul ! Poyoul, objet des monts ! Ainsi se bâtit et hausse un poème :&lt;br /&gt;
Objet - Maléfice - et renonçant ...&lt;br /&gt;
To-Bod, Lha-Ssa et le territoire ineffable&lt;br /&gt;
Ainsi se partage le Poème.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;XLIX&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On est allé en ces lieux-là ! On a mis le pied dans le thrène... - Voici qu'un dieu n'y a pas suffi...&lt;br /&gt;
Voici déjà les deux chants dits : To-Bod et Lhassa... To-Bod même...&lt;br /&gt;
L'un sonne la trompe des on-dit...&lt;br /&gt;
Des hommes ayant couru haut ont surmonté l'investiture&lt;br /&gt;
Investissant ton mont de leur mont&lt;br /&gt;
To-Bod - Lhassa ! Lhassa To-Bod, cloche sonant - hymne hymnant&lt;br /&gt;
Voici le grand ciel de nonciature&lt;br /&gt;
Mais le territoire inconnu ! le pays maître d'où ne naît&lt;br /&gt;
Pas même un regard ou...&lt;br /&gt;
Celui qu'on sait être tout blanc, tout chaud et vierge en ordination&lt;br /&gt;
Celui d'où les...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tu es plus haut que ta légende, château de l'âme exaltée,&lt;br /&gt;
Plus haut que ce qu'on pense de toi.&lt;br /&gt;
Ces beaux récits se dépassant... Cette arabesque surmontée...&lt;br /&gt;
N'atteignent pas le bord de ton toit.&lt;br /&gt;
On te découvre, on se promène découvrant des néo-royaumes&lt;br /&gt;
Coupant ton pays à leur empan&lt;br /&gt;
Et le premier, ce Phrygien, Hérodote, nombreur des nômes,&lt;br /&gt;
Vieux Grec souriant en oegipan !&lt;br /&gt;
Il te croyait tout possédé par la Fourmilière géante&lt;br /&gt;
Ton miel métallique était de l'Or !&lt;br /&gt;
Aussitôt volé, emporté par des peuplades bien courantes&lt;br /&gt;
Et depuis son temps, et depuis lors,&lt;br /&gt;
Ibn Batoutah s'en fut tout seul, de l'Afrique à la mer démente&lt;br /&gt;
Citant seulement ton Tengri-Noor !&lt;br /&gt;
« Pays de la Gazelle oeuvrant le musc en rut odorant et sans trêve... »&lt;br /&gt; - Tous ! Tous, de ta neige à tes névés,&lt;br /&gt;
En toi, en toi, mettaient leur foi, te dédiant leurs plus hauts rêves,&lt;br /&gt;
Que peut-être tu avais bien rêvés.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;LI&lt;/h3&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis comblé je suis si haut, tout en mon corps d'homme respire&lt;br /&gt; - Mais qui me tord et pénètre et renie...&lt;br /&gt;
Devant tes monts, au haut de toi, étreignant ton investiture&lt;br /&gt; - Mais quoi me conjure et me parjure...&lt;br /&gt;
Je t'ai vaincu Thibet superbe, ô mon poème ! o mon émoi&lt;br /&gt; - Je t'ai embrassé dans ta super