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Archéologie du présent_printemps, déboires (extrait) 

lundi 24 février 2014, par Claude Favre

#à forboire creuser et manques

_creuser fosse n’est page vierge des strates d’histoires

trop et connues_d’abreuves_fourbue à et nombreux ça

ne_ moins moins moins font plus

_vivre affaire de corps_plein de gravats bouteilles de

mots avec d’effroyables oublis_usinée d’usine

&

_des poissons dans les arbres ça donne comptines plus

qu’à bégayer des fois hurler tout de même la tête ça

tourne trop à des métiers qui tuent de jeux de pouvoir

ça_tourne boire pour s’accrocher aux lunes_La terre

embue du sang plein la tête perd

_pour les autres on meurt du jour au lendemain_long

pour soi travail de longue haleine

&

#poissons crevés_rustines

_tête qui tunnel son pire ennemi à se tenir droite

à couteaux tenir sinon

_plus parler à personne n’entendre plus mal à tant

_comment quand comment n’est plus une question

_silences des couteaux à tenir poings serrés à

&

l’usine c’est la mort facile

&

#à creuser je recueille des monstres

_rature des buvées la langue fausse commune est fosse

_au figuré mauvais goût qui reste dans la bouche qui

corrompue_au propre le passé n’est que la crête de

l’oubli

&

_la raie de Chardin avec son petit air

&

#perplexe_l’odeur du mot poisson

_poisson mort qu’importe que dans la vie je t’appelle

poisson_j’épluche une sirène ce n’est pas_moi l’odeur

des thons sous l’orage

_vivante c’est la moindre des choses_je tranche donc

j’existe

&

_le mot poisson est une périphrase est un vertige est

couteau_écrire et crier ou boire il faut et_décrire ou ne

pas et choisir

&

_y a pas que les sardines dans la vie_à mes dorades

de Goya et cette raie cette comme crevée comme de rire

en coin_les amis renflouent les cales maquereaux de

Soutine et ceux d’Hélion qui n’y voit presque plus

presque_plus trop à trop sans doute vivre dans un

monde d’écailles_presque plus qu’à rêver Vieux Port et

sardines ça a de la gueule en histoires ça bouche fait

comme_et la cuisine grandiose_et ce que je dis deux

fois m’a déjà quittée

&

#tous mes doigts aujourd’hui azertyuiop_compter

jusqu’à demain

_mains veines mal éclatées de sang_ poignet gonflé

mal irradiant_muscles saccadés_bloqués

_ont l’air de remuer vives battre l’air trancher ce n’est

qu’illusion_elles sont mortes_mortes veines mauves

éclatées et la douleur le jour et la douleur la nuit et la

douleur coupez ces_doigts monstres de froid dansent

sanglants d’insomnies

&

_to the point_mains mes monstres d’un autre âge ou

d’outrage devrais-je_vous dansiez mains décanteuses

de poison

&

#mises au jour & idioties

_le langage me traque est mon tigre vos lèvres et nos

serpents pleine mer_quel bestiaire qu’est-ce vadrouille

pour l’homme est-ce décrire_est-ce le contraire d’écrire

comme dédire_de dire l’animal fait l’homme à méchef

comment écrire_je bois

_ça dérape dans la phrase et vrilles à plus soif_de si

mal temps perdu me suis perdue temps de_à_en crever

et contre fichtre_écrire_comment quand triste ployée

d’usine ça déménage et ménages ça fait le corps ployé

&

_l’odeur des milliers de cadavres de poissons flottants

tout au fond de soi

&

_si l’usine tu meurs si tu ne bosses la dalle alors crève

et parle_crever c’est bruyamment ce mot ah non trop

agressif me dit-on non on ne dit pas crever

n’est-ce agressif alors d’en et rire crevure crevaison avancerait

idées et crève-cœur et crevaille qui au 16e disait

ripaille

&

P.-S.

Photographie : © Jean-Marc de Samie

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